LIVRE IXe. — CHAPITRE II
aspiration véhémente vers l'avenir, où , sous un voile mystique , germoient les grandes destinées du peuple de Dieu et ses magnifiques espérances. Impatiente du présent , haletante de désir, toute sa poésie est prophétique : elle est prophétique dans les hymnes, les prières, dans les chants passionnés, les avertissements, les imprécations, les menaces de ces hommes étranges, qui , tout-à-coup saisis de l'esprit au fond des solitudes où d'ordinaire ils vivoient retirés, lançoient leur parole ardente contre les hommes d'iniquité, contre la multitude rebelle au Dieu de ses pères , contre les grands , les rois dont l'exemple la détachoit de son culte, contre les prêtres corrompus et prévaricateurs; elle est prophétique , soit qu'elle rappelle en de graves sentences les préceptes de la sagesse , soit qu'elle soupire les chastes amours de l'époux et de l'épouse, soit qu'en des récits d'une grâce ravissante elle peigne les mœurs des âges primitifs , la suave innocence de cette vie antique qui s'écouloit sous un ciel pur, calme et limpide comme l'eau du rocher, au milieu des champs et des pâturages.
Un poëme d'origine peut-être arabe, peut-être chaldéenne, mais d'une grande ancienneté chez les Hébreux même, présente un caractère à part, Nous voulons parler du livre de Job. L'immense question du bien et du mal , dans ses rapports avec la jus-
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tice de Dieu et l'état terrestre de l'homme , y est traitée selon la large manière des premiers temps, où l'image poétique, l'expression pittoresque, la parole qui émeut , remplaçaient les procédés logiques du discours , sans que la pensée principale ressortît moins claire et moins vive. Cette pensée principale, dans Job, est que Dieu ici-bas distribue les biens et les maux , suivant des décrets toujours justes et des desseins providentiels auxquels nous devons croire fortement , bien que nous ne les puissions ni connoitre , ni comprendre. Il est à remarquer qu'on ne trouve dans ce livre aucune , allusion à la chute originelle de l'homme , dont le péché se seroit transmis par la génération à ses descendants , et qu'aucune des idées de l'auteur n'a de relation à ce fait, qui lui auroit fourni une solution directe du problème qui le préoccupoit. Jamais, du reste, il ne s'éleva des entrailles humaines une plus sombre lamentation ; jamais la misère radicale de notre condition présente , lorsqu'on la compare aux aspirations intimes de notre être , n'éclata en plaintes plus douloureuses et plus amères, en cris plus déchirants. Ce sont les désespoirs d'un désir infini, que calme et transforme enfin dans la paix d'une tranquille attente , une foi également infinie.
Les vastes épopées indiennes, postérieures à Té-