LIVRE IXe. — CHAPITRE II
poque purement théologique, révèlent un progrès avancé déjà. Des conceptions philosophiques nées du besoin nouveau de remonter des effets aux causes, des phénomènes fugitifs, variables, à l'invariable, à l'éternelle raison des phénomènes, manifestent la croissante activité de l'esprit. L'homme se dégage du sein de la Nature ; il apparoît comme être personnel , ayant conscience de soi, réagissant par sa force libre contre les forces fatales qui le pressent de toute part. Ce n'est cependant pas l'homme pleinement affranchi, l'homme réel, mais une sorte de symbole historique et mythique de l'humanité commençant à se délivrer de ses liens, à briser son enveloppent plongée encore en partie dans la substance absolue dont elle émane, selon l'idée indienne, et dans l'univers primordial , l'œuf divin , matrice commune des êtres.
Cette poésie de l'antique Orient se distingue à la fois par une étonnante grandeur de pensée, et par une puissante vertu plastique. Abondante en formes, en couleurs, inondée d'une lumière ardente, elle se déploie avec l'éclat et la magnificence de la nature dans ces riches contrées , et , comme leurs fleuves profonds, immenses , roule ses larges ondes qui vont se perdre dans un océan insondable et sans bornes.
En des temps postérieurs, l'Inde eut aussi son
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drame, dérivé de son épopée. Qui, dansSacou'ntala, où règne un sentiment si vif de la Création extérieure, d'où s'exhale un parfum si délicat et si suave de simplicité antique, qui ne croiroit lire un épisode du Maha-Barata, ou du Ramayana?
Aucuns monuments poétiques de ces âges antérieurs à Thistoire certaine, ne se sont conservés chez les autres peuples asiatiques, excepté peut-être quelques chants recueillis dans le Chi-King , froides productions où on retrouve seulement le caractère grave et moral d'une nation qui semble avoir été, dès son origine, totalement privée du génie des arts. L'Egypte ne nous a non plus rien laissé. Il est même douteux qu'elle ait eu, avant l'invasion des Perses, d'autre poésie que les hymnes religieuses *. Cette poésie sacerdotale, expression du dogme et des sentiments instinctifs qui élèvent l'homme vers la Divinité, fut également l'unique poésie des Grecs, jusqu'au temps où la race dorienne ayant définitivement prévalu, tous les arts affranchis prirent une direction nouvelle. Avec Homère l'épopée naquit , une épopée, à plusieurs égards, très-différente de celle que nous avons vue se produire dans l'Inde avec le développement de la raison philosophique et
1 Les Egyptiens avoient des chants consacrés aux divers travaux; mais ces chants destinés à régler le mouvement par le rhythme, étrangers dès-lors à la poésie, ne sauroient être rangés parmi les productions de ce dernier art.