‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 187 sur 247 · LIVRE IXe. — CHAPITRE II. 3G · texte numérisé non relu

LIVRE IXe. — CHAPITRE II. 3G

Tépouse, l'enfant, le frère, l'ami, tout a son modèle d'une vérité, d'une beauté presque inimitable, dans cette poésie simple et magnifique, qui tantôt vous émeut par la vive peinture des tristesses et des joies, des craintes et des espérances, des biens si fragiles, des maux si nombreux, des infortunes si amères de la vie et de ses soudaines catastrophes; tantôt vous égare au milieu des doux enchantements de la nature, dans les bois suspendus aux flancs des coteaux , le long d'un ruisseau qui serpente à travers de riantes plaines , ou d'un torrent qui tombe des rochers, en de frais vallons, en des champs couverts de jaunes épis qui plient et se relèvent sous les nuages mobiles chassés par les vents, et sur les rivages de la mer bruyante. Le charme de la langue sonore, accentuée, sa merveilleuse richesse, l'infinie variété de ses nuances, ajoute à ces prestiges un prestige nouveau. Tour à tour rapide, majestueuse, sombre, heurtée, gracieuse, suave, l'harmonie du vers peint à l'oreille ce qu'expriment les mots, soit que le Père des Dieux ébranle l'Olympe d'un mouvement de ses sourcils, soit que le souffle du temps détache de leur tige les générations humaines comme des feuilles d'automne.

L'épopée, on le voit, correspond à une phase très-remarquable du développement de l'homme ,

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dégagé de ses liens antérieurs et devenu un être personnel. Cependant le travail, pour ainsi parler, formateur de l'individu dans sa complète indépendance , n'est pas encore entièrement achevé. La vie, l'action individuelle se fond, s'absorbe dans l'action, la vie sociale, dans l'unité de race et de nation. L'épopée est l'histoire sous sa première forme, sa forme poétique, à l'époque des croyances naïves, alors que l'imagination ignorante des causes les personnilioit en des multitudes d'êtres dont la nature vague et la puissance indéfinie permettoient de créer un monde de merveilles, en harmonie avec le sentiment natif dans l'homme d'un Pouvoir mystérieux, immense, avec ses désirs illimités, et ce je ne sais quoi d'intime et de caché qui l'attire au-delà du cercle étroit que tracent autour de lui les réalités matérielles. C'est pourquoi l'épopée n'appartient qu'à la jeunesse des peuples, à l'âge qui précède celui de la science, de la pensée sévère, des procédés logiques, de l'activité renfermée dans la sphère naturelle du possible et que règlent ses seules lois. Elle contient le germe du drame, et n'est pas le drame ; car le drame, c'est l'individu, non pas en dehors de la société, mais y vivant d'une vie qui part de lui et revient à lui, s'y manifestant par ce qui le caractérise et le constitue distinctivement.

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