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même. Peint-elle la raison , la droiture , la bonté , l'innocence , elle aura soin d'y joindre quelque contraste bizarre, une certaine exagération, une certaine naïveté risible , qui les montre sous un point de vue tel que chacun y puisse encore trouver un motif de secret contentement et une sorte de jouissance maligne. Elle correspond au penchant natif , en vertu duquel l'homme se concentre et se complaît en soi. Sous ce rapport, sa tendance est opposée à celle d'où résulte le perfectionnement de Thomme moral. Elle peut néanmoins y servir d'une manière indirecte , en tournant vers le devoir, par un calcul fondé sur ses intérêts mêmes *, l'amour individuel. Toutefois elle a pour effet beaucoup plus de mettre en garde contre certaines suites fâcheuses du vice , que de détourner du vice même ; elle corrige moins les mœurs qu'elle n'enseigne à se préserver des ridicules. Nous ne parlons, au reste , que de son caractère distinctif et général ; car on peut aussi quelquefois y introduire un élément d'une autre nature, l'élément sympathique; mais
1 II est quelquefois utile et toujours curieux de rechercher les rapports des doctrines philosophiques avec l'art. Ainsi, dans le système d'Helvétius et de Bentham , la comédie correspondroit parfaitement à la seule morale que ce système admette, à la morale identifiée avec l'intérêt personnel. La tragédie qui repose sur le devoir conçu comme le sacrifice de cet intérêt même, y seroit absurde et Impossible.
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alors il y a momentanément un mélange des deux genres du drame ; et si l'élément sympathique domine, plus encore s'il existe seul, il en résulte cette espèce de tragédie bâtarde, sans grandeur idéale et sans vraie poésie, qu'on a nommée le drame larmoyant.
La comédie grecque eut deux phases. Libre d'abord jusqu'à la licence, elle reproduisoit sur la scène les querelles intestines de la cité, les discussions de l'agora , les passions des partis , et celles du poète. Prodiguant le sarcasme , la moquerie, la dérision amère, elle n'épargnoit, ne respectoit rien. Pour tout se permettre impunément, il lui suffisoit d'envelopper d'une allégorie transparente ses satyres et ses haines effrénées. C'est dans cette vieille comédie surtout qu'apparoît clairement la vérité de ce que nous avons dit du caractère de ce genre de drame. Toute grandeur y étoit rabaissée, insultée, toute vertu livrée honteusement à la risée publique, pour flatteries instincts mauvais, les secrètes animosilés, les basses envies de la multitude. Ces excès devinrent tels que la loi dut enfin les réprimer. Au drame d'Aristophanes succéda celui de Ménandre. Plus décente, mais plus froide, la nouvelle comédie peignit, dans des actions et des personnages fictifs, la nature humaine philosophiquement observée, les mœurs générales ? celles des
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diverses classes cle la société et des âges divers , l'éternel combat des passions, la lutte éternelle des intérêts, en un mot, l'homme avec ses foiblesses perpétuellement les mêmes, et ses ridicules qui ne meurent point.
Plus tard, quand l'esprit sophistique , le doute, la corruption , eurent détruit les croyances et , pour ainsi dire, épaissi la matérielle enveloppe à travers laquelle rayonnoit le Beau idéal , il se fit comme un retour de la poésie vers la Nature, non pas la Nature animée du souffle créateur, des puissantes énergies formatrices des êtres, mais la simple nature telle qu'elle frappe nos regards, telle qu'elle se lie , par des rapports harmonieux et doux , à la vie de l'homme plus rapproché d'elle , à la vie naïve des pasteurs, chantant leurs amours, leurs peines , leurs joies , dans une grotte mousseuse , ou près de la fontaine qu'ombragent un chêne creux et des lierres pendants ; à celle des pêcheurs , réunis autour du foyer de leur pauvre cabane , lorsque les vents bruissent au-dehors, ou assis à l'abri d'un rocher, non loin de leurs filets étendus sur la grève, et contemplant la vaste mer dans une rêverie profonde.
Ainsi la poésie , chez les Grecs , revint à son berceau , à ce qui du moins en offroit l'image, pour y soupirer ses derniers accents. Après cette époque,
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l'art épuisé décline rapidement et sans retour. Il se matérialise avec la société , il dégénère en une poésie de convention et d'imitation , en un stérile travail qui ne produit que des formes vides et des combinaisons sonores. Nous ne le suivrons pas dans cette voie, où, s'obscurcissant toujours plus, il disparoît enfin , comme les lueurs mourantes d'un crépuscule d'hiver s'éteignent dans la nuit.
Partout son développement s'opère selon les mêmes lois et présente les mêmes phases. Des hymnes nées dans les temples et religieusement conservées par les corporations sacerdotales i , furent la première poésie des Romains. Us eurent aussi leur épopée dans des chants nationaux , espèce de légendes traditionnelles , destinées surtout à perpétuer le souvenir des temps héroïques et les principaux événements de l'histoire. Ennius les recueillit, il en fit un corps, à peu près comme Homère; mais il n'avoit pas le même génie, et il écrivoit dans une langue rude encore et barbare. Ses poèmes informes manquoient de ce qui fait vivre
1 Elles continuèrent, jusqu'aux empereurs, d'être en usage dans les fêtes puMiques et les cérémonies du culte. Mais , à cette époque, le respect religieux qu'elles inspiroient s'étant affoibli , et le langage en étant devenu à peu près inintelligible, on leur donna une forme nouvelle appropriée au temps. Le Carmen Seculare d'Horace offre un exemple de ce changement , qui constatoit le déclin de la foi antique.