LIVRE IXe. — CHAPITRE II
les œuvres de l'art. Après la légende épique vint le drame, qui, chez ce peuple sans culture, de mœurs âpres , dépourvu des idées et des sentiments qu'une civilisation plus avancée engendre , ne put s'élever jusqu'à la tragédie. Les atellanes, d'origine osque, n'étoient qu'une sorte de comédie grossière, mais tellement conforme à l'esprit national , qu'avec de simples modifications qui n'en altèrent point le caractère , elle a survécu aux nombreuses révolutions de l'Italie. Voilà toute la poésie romaine. Rome ensuite, subissant l'influence de la Grèce conquise par son génie , tandis qu'elle la conquéroit par les armes , ne sut que marcher à sa suite et bien loin derrière elle , dans les routes qu'elle avoit ouvertes et si glorieusement parcourues.
Peu de noms résument l'histoire de cette période de l'art chez les maîtres du monde , à qui la Sagesse qui préside aux destins de l'humanité avoit préparé une autre grandeur.
Parménide, Empédocle et d'autres philosophes anciens , exposèrent leurs doctrines en des poèmes à jamais perdus , mais que l'on peut classer parmi les monuments de la poésie théogonique et cosmogonique , dans les âges postérieurs aux poètes orphiques et même à l'âge d'Hésiode, alors que la pensée, se développant hors du sanctuaire, essayoit de découvrir, par le libre emploi de ses forces , la
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solution du grand problème de l'univers et de son Auteur. Lucrèce ne tenta rien de semblable , car le génie philosophique n'étoit pas moins étranger aux Romains que le génie des arts. Mais , en un temps ou le sensualisme avoit envahi Rome, il se fit le poète de cette doctrine, l'interprète hardi du système d'Epicure; et, il faut le dire, son poëme De la nature des choses, où règne une philosophie si fausse , si sèche , si dégradante , offre des parties d'une singulière beauté, et quelquefois une hauteur d'inspiration, à laquelle n'atteignit aucun des poètes qui lui succédèrent. La langue y a conservé une certaine vigueur, une certaine majesté antique d'un puissant effet. Mais ce qu'on admire , ce n'est pas le travail péniblement stérile de la raison pour tout expliquer par l'aveugle jeu des atomes , ce ne sont pas ses tristes efforts pour exclure Dieu de son œuvre : c'est le poète lui-même , lorsqu'oubliant ses obscures théories , il se plonge au sein de la Nature, l'embrasse de ses ardentes étreintes, enivré du souffle inconnu par qui tout respire , tout sent , tout aime, tout puise à la mamelle commune la vie universelle , intarissable , immense.
Plaute et Térence imitèrent les Grecs : seulement à cette imitation le premier mêla quelque chose de la verve italique, de la vieille comédie d'Accius. Il suffit de nommer Ovide? Catulle, Tibulle, Properce,