LIVRE IXe. — CHAPITRE II
peinture, à la musique de cette époque primitive. Plusieurs Pères grecs, en se conformant aux règles de la poésie antérieure, employèrent le vers pour exposer les dogmes de la foi nouvelle, et pour célébrer les faits mystérieux racontés dans les Évangiles avec un charme de simplicité bien au-dessus de celui qui leur pouvoit prêter cette matérielle imitation des formes anciennes.
L'entière décadence des lettres romaines préserva davantage l'Église d'Occident de ces imitations malheureuses. Des débris de la langue latine plus ruinée que l'Empire, elle se fit une langue à elle, peu variée, peu riche, mais grave, forte, majestueuse, la langue liturgique, qui a traversé dix-huit siècles sans altération. C'est là qu'il faut chercher les véritables origines de la poésie chrétienne. Et celte poésie, que fut-elle d'abord? Des chants religieux, des hymnes, et, à des époques moins reculées, ces merveilleuses productions auxquelles on donna le nom de Proses. Qu'y a-t-il, comme inspiration, de supérieur au Dies irœ? Où trouvera-t-on, dans l'antiquité, des accents qui ressemblent à ce cri profond de terreur sainte et de supplication pathétique?
Pendant que ces semences fécondes germoient chez les nations chrétiennes, il s'opéroit hors d'elles un autre travail poétique , dont elles dévoient plus tard recueillir en partie les fruits. Sous leurs tentes
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de poil, au milieu de leurs déserts brûlants, les fils d'Ismaël, enivrés de passions ardentes comme leur ciel, implacables dans la haine et dans la vengeance, généreux jusqu'à l'oubli de soi, chantoient l'hospitalité , les combats , la soif du sang et celle de l'amour. Après Mahomet, leur poésie se spiritualisa : elle devint subtile, abstraite, recherchée, comme celle des Persans. Chez ceux-ci , les Suffis l'empreignirent de leur mysticisme. Enfin , dans une vaste épopée, Ferdousi rassembla toutes les traditions nationales, depuis les premiers âges héroïques et mythiques, et quoique le Shah-Nameh manque de ce génie primitif plein de grandeur et de prestiges , qu'on admire dans les poëmes indiens, il ne laisse pas d'être un monument très-remarquable de l'art oriental.
A l'autre extrémité du monde alors connu, vers le sixième siècle de notre ère, les Bardes de laCambrie, Taliesin, Aneurin, Myrdhin, Llywarch Hen , celé— broient en des chants lugubres les funérailles de la vieille religion des Kymris. Réfugiée dans ses isles et dans ses montagnes, la race des Gaëls, guerrière et rêveuse, avoit aussi sa poésie, monotone et mélancolique comme les ternes horizons de ces contrées où ne luit qu'un pâle soleil, comme les noirs rochers, comme les grèves nues où la houle écume et se brise. Ce qu'elle aime à peindre, ce ne sont