LIVRE VIIe. — CHAPITRE III
n'ayant point en eux de principe suffisant de direction, seroient des forces perturbatrices, des forces dont l'aveugle action troubleroit l'harmonie des choses; et, par une semblable raison, l'homme luimême ne croit en puissance qu'en croissant en intelligence, son pouvoir ne se développe que selon la mesure où il devient capable d'en régler l'emploi, de le faire concourir à l'ordre universel; et, si ce développement est illimité , c'est que le développement intellectuel qui y correspond n'a non plus aucunes bornes assignables; que, dans l'évolution indéfiniment progressive de tout ce que renferme sa nature, l'homme éternellement gravite vers Dieu, s'approche de Dieu, tend, comme la Création entière, à le manifester en soi, à le reproduire selon tout ce qu'il est.
Après avoir dompté, conquis les êtres les plus voisins de lui dans l'échelle ascendante dont il forme le sommet, après avoir acquis en eux des instruments nécessaires pour effectuer de nouvelles conquêtes, il étend de toutes parts les siennes, ramenant sous ses lois les végétaux qui croissent à la surface du sol et les minéraux qu'il recèle. Il modifie profondément, dans un but de prévoyance, et la distribution , et la proportion respective des espèces végétales modifiées elles-mêmes par son action , tellement que leur type primordial est, quoique im-
58 IIe PARTIE. — DE L'HOMîHE.
périssable, presque entièrement voilé quelquefois. Des familles de plantes deviennent domestiques, comme certaines familles d'animaux. Le sol change d'aspect et de caractère ; il se transforme sous la main qui le travaille et le féconde , se couvre de productions nouvelles, s'assainit, s'harmonise avec les besoins et les convenances du maître qui lui imprime le sceau de sa domination. Ainsi la Nature, dans laquelle l'homme étoit originairement absorbé, tend à son tour à s'absorber en lui, à s'assimiler à lui, à n'être en quelque sorte qu'une extension de lui , puisque ses forces se confondent , s'identifient avec les siennes , qu'il en dispose comme de ses organes. Supposez cette puissance merveilleuse de l'homme parvenue au dernier terme de son développement , que verroit-on? L'homme victorieux de la Nature , dégagé de ses liens , et la Nature élevée jusqu'à l'homme par son obéissance même, par son entier assujettissement à l'être qui, la gouvernant selon les lois d'un ordre supérieur, l'associant à ses fonctions propres, l'associeroit par là même à sa perfection, comme, dans l'individu humain, le pur organisme est associé à la perfection de la nature intelligente.
Et cependant admirez l'unité de la Création et la simplicité des lois qui la régissent. Cette sublime action de l'homme sur le monde inférieur, de