LIVRE VIIe. — CHAPITRE III
l'homme attirant à soi la Nature, l'informant en quelque manière par une réelle expansion de luimême , et l'élevant avec soi dans son mouvement ascensionnel et perpétuel vers Dieu , cette action n'est point isolée, ne dépend point dans son essence de lois particulières exclusivement relatives à l'homme ; elle n'est qu'une simple phase de l'évolution universelle des êtres, car il n'est pas un d'eux qui n'ait exercé, qui n'exerce encore une action semblable. En effet, à mesure que les corps apparurent originairement, les plus parfaits et les plus complexes élevèrent jusqu'à eux les formes inférieures , et c'est ainsi que , d'une masse gazeuse flottante dans l'espace , notre globe devint ce qu'il étoit lorsqu'un commencement de végétation put s'y établir. Modifiant à leur tour et les gaz et les corps inertes, les absorbant, les combinant, se les assimilant, les rendant delà sorte participants de leur perfection plus grande, les végétaux aussi les élevèrent jusqu'à eux. Ils se dégagèrent de la nature inférieure, la dominèrent, se l'assujettirent, et, en la soumettant à leurs puissances actives, l'animèrent comme d'une vie nouvelle. Ce qu'ils avoient fait à l'égard des corps inorganiques, les animaux ensuite le firent à leur égard. Ils les absorbèrent en soi , les identifièrent à soi, élevant ainsi de nouveau la Nature jusqu'à eux : non sans doute qu'alors même il
40 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.
ne subsistât, et qu'il ne doive subsister toujours, selon leur mode propre d'existence , des corps inorganiques et des végétaux ; mais parce que leurs types, devenus les éléments effectifs de formes plus parfaites, participoient dès-lors à la perfection de celles-ci, et parce que la Nature, considérée dans son unité, avoit acquis le degré supérieur de perfection correspondant à la force spontanée , à la sensation , à Tinstinct. Si les êtres inférieurs ne continuoient pas de subsister, les êtres supérieurs ne pourroient subsister non plus , car c'est en s'assimilant les premiers qu'ils se conservent et se multiplient. Mais on ne doit point oublier que l'individualité n'a de relation qu'à la limite purement négative ; que tout ce que renferment de positif les êtres, quels qu'ils soient, appartient à leur type, réside dans leur type indivisiblement un, et, à cause de son unité, communieable indéfiniment, ou indéfiniment réalisable sous les conditions de l'étendue dont le nombre est l'expression ; qu'ainsi le progrès n'affecte et ne peut affecter que le type, et qu'accompli dans le type , il est dès-lors accompli entièrement, dans la rigueur la plus absolue.