LIVRE IXe. — CHAPITRE II
Toute cette partie du poëme rappelle, par le fond du sujet, les douloureuses anxiétés de la pensée antique frappée du contraste partout apparent du Bien et du Mal, de la vie et de la mort, et s'efforçant de résoudre ce grand problème des choses. Mais à la solution panthéistique indienne avoit succédé, en Orient même, l'idée d'un dualisme primitif, conçu d'abord comme éternel, puis lié dans son origine à la Création contingente ; et , quoique ces conceptions se rapportassent à des époques trèsantérieures à l'homme, elles n'étoient en réalité qu'une manifestation du sentiment toujours plus développé de sa personnalité distincte, et de l'essen-*tielle opposition qui existe , sous ce rapport , entre Têtre fini et l'Etre infini, la créature et le Créateur. Les doctrines fatalistes des premiers protestants, leur dure théologie, donnoient pour eux à la loi de Moyse et à la sombre histoire du peuple qu'il avoit formé, un attrait fondé sur une affinité secrète. Le sévère Dieu des Juifs , l'inexorable Jehovah étoit encore, dans ses rigueurs, dans son impitoyable justice qui ressembloit à de la vengeance, leur Dieu de prédilection. Ce caractère du protestantisme apparoît clairement dans le Paradis perdu; mais le poète qui a su en tirer des effets sublimes sentit que ces effets exigeoient des contrastes pour ressortir dans toute leur vigueur, et que ces sons formi-
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dabtes, blessant par leur continuité les fibres délicates du cœur, ne seroient pas supportés longtemps , s'ils ne se mêloient à des sons plus doux. A l'orgueil invaincu , aux souffrances éternelles de Satan et de ses anges, il opposa le suave tableau de la primordiale innocence de l'homme ; et aux reflets sinistres des cavernes infernales, la pure lumière de l'astre du jour, inondant l'espace de sa splendeur naissante L'Esprit tombé lui-même, contemplant pour la première fois cette création nouvelle de la suprême puissance qu'il a combattue, qu'il combattra toujours, s'arrête et admire, et sent poindre en lui un regret involontaire , dernier germe de vie et d'amour qu'il étouffe soudain. Qu'y a-t-il, dans aucune poésie, de comparable aux couleurs si fraîches, d'un éclat si limpide, avec lesquelles il peint la terre qui vient d'éclore comme une fleur matinale, l'homme vierge au sein de la Nature vierge, ses premiers instincts, ses premières pensées et ses adorations premières? Puis, quand tout cela n'est plus qu'une ruine, quand il ne reste plus aux deux pauvres créatures déchues qu'à choisir, sous la garde de la Providence, leur lieu de repos dans le monde ouvert devant eux, et qu'à pas incertains et lents ils prennent à travers Éden leur chemin solitaire 1, n'est-on pas saisi d'une tristesse
■ The World was ail before thero, where to choose,