LIVRE IXe. — CHAPITRE ÏT
profonde comme cette solitude, immense comme les misères qui la rempliront?
Après avoir eu son épopée, le moyen-âge eut aussi son drame, d'abord exclusivement religieux, ainsi que l'indiquoit son nom môme. On y retraçoit non-seulement les faits de l'histoire sainte, mais encore , à l'aide de symboles et de personnages allégoriques, les mystères de la foi chrétienne, ses dogmes abstraits. Ces représentations s'étendirent dans l'Europe entière ; et bientôt, l'art se développant, on vit naître le drame profane, qui ne put toutefois, en ces commencements, s'élever jusqu'à la dignité tragique. Ces premiers drames, informes et grossiers, mais quelquefois pleins de verve, reproduisoient les scènes de la vie ordinaire, les ridicules, les vices, tels qu'ils se montroient dans une société moins polie que naïve et franche. Faits pour le peuple, ils avoient les qualités et les défauts du peuple. L'Italie, après la Renaissance, se créa la première un théâtre plus régulier, mais qui n'eut rien de national, rien de spontané, parce que l'enthousiasme qu'inspiroient les productions de l'antiquité grecque et romaine, nouvellement exhumées de l'oubli où elles étoient restées ensevelies pen-
Their place of rest, and Providence their guidei They, hand in hand, with wanderiog steps and slow, Through Eden took their soîitary way,
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596 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.
dant les siècles de ténèbres, portoit les esprits à une espèce d'imitation superstitieuse, et leur ôtoit jusqu'à la pensée même de faire, en s'ouvrant d'autres voies, l'essai de leurs propres forces.
Ceux qui, vers cette époque et plus tard, furent tentés en France, avant que la langue eût acquis une certaine fermeté élégante et noble, contribuèrent peu au progrès de Fart. L'Espagne, à cet égard, la devança. Elle eut , dès la fin du XVe siècle , son drame exempt d'imitation, directement émané de l'esprit, des mœurs, des habitudes du peuple. Les anciens mystères furent le germe des autos sacramentelles. Calderon déploya, dans ce drame mystique, la richesse d'une poésie toute idéale, à peine revêtue d'un corps transparent; l'allégorie, d'ordinaire si froide, s'y échauffe d'une sorte de spiritualité ardente, de cet amour céleste, de ces flammes pures" et calmes dont s'embrasoient , dans le silence des cloîtres, quelques âmes exaltées. Avant Calderon, Guilhem de Castro, Tarriga, Lope de Vega, avoient déjà produit des chefs-d'œuvre dans un autre genre. Leur drame héroïque offre la peinture des passions, des généreux combats de l'honneur et du devoir, des tragiques infortunes et des sublimes douleurs. Le caractère national, grand, fier, énergique, mais voisin de l'enflure, se révèle dans ces drames empreints à la fois du génie castillan et du génie arabe.