‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 204 sur 247 · LIVRE IX0.— CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IX0.— CHAPITRE II

tout d'un coup à un degré d'élévation que l'Espagne n'avoit pas atteint, et d'un seul de ses pas de géant, fixa , dans cette voie, les limites de Fart. Ce je ne sais quoi de spontané qui manque, disions-nous, à notre drame tragique, le poète Ta en soi. De son souffle puissant il ranime tout ce passé qu'il évoque devant vous dans la beauté , dans la vérité de son type idéal empreint au-dedans de lui-même. Ce que vous voyez, ce que vous entendez, ce n'est pas Horace, Cinna, Sortorius, c'est le romain des premiers âges et le romain des temps de proscription ; ce n'est pas Polyeucte , c'est le premier chrétien cherchant dans la mort le triomphe de sa foi et le salut du monde; ce ne sont point don Diègue et Rodrigue, c'est le chevalier des siècles féodaux, fier de sa race et de ses exploits, enthousiaste de l'honneur et de la vaillance, ou plutôt c'est Corneille trouvant dans sa grande âme tout ce qui est grand. Et quel dialogue énergique, rapide, courant au but directement 1 Quelles vives et soudaines réparties ! comme elles se croisent , se choquent en montant toujours, telles que deux aigles qui se combattent au haut des airs! Point de mots que la pensée n'appelle et qu'elle n'efface par son relief. Nul artifice, nul ornement, une parole concise et nerveuse dont les muscles se dessinent comme ceux de l'athlète nu, et quelquefois près de cette vigueur ?

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