TOME III
AOt II* PARTIE. — DE L'HOMME.
une tendresse touchante de simplicité et de grâce naïve. Il est cependant plutôt porté, même dans ses personnages de femmes , à peindre l'héroïsme et les passions violentes, que les délicates tendresses du cœur.
Corneille, sur son déclin, vit le lever de Racine. Mais , en descendant vers son coucher , le vieux poète emportoit sa splendeur magnifique, sans que nul dût jamais le dépouiller d'aucun de ses rayons. Doué d'un génie tout autre, Racine aussi appartenoit à un tout autre temps, à un temps déjà loin de celui où s'éloient remuées tant de passions politiques et religieuses , où chacun pouvoit être soi , sentir sa force individuelle et l'éprouver dans des luttes incessantes , où un esprit de liberté, vague encore, incertain, mais profond, agitoit les peuples comme un rêve d'avenir. Au lieu de cela, le calme de l'obéissance sous un maître absolu , l'inertie de la vraie nation refoulée dans l'ombre et dans la nullité, autour du trône les débris humiliés de la vieille puissance féodale , les formes vides de sa grandeur passée, des mœurs élégantes et polies, une délicatesse exquise. La langue elle-même avoit changé : en perdant un reste de rudesse, elle avoit perdu quelque chose de sa maie franchise , de sa majesté simple , de l'énergie que lui prêtoit un mouvement plus libre, une hardiesse moins gênée.