‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 210 sur 247 · LIVRE IXe. — CIIAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IXe. — CIIAPITRE II

folle sur un échafaud. Le cri d'espérance qui termine le drame n'a d'autre objet que d'en rendre le dénouement supportable ; il n'atténue point le fond de la pensée , et la solution reste entière dans son effroyable rigueur.

Faust est l'œuvre d'un puissant esprit , d'un esprit poétique, surtout par l'exquis sentiment de la forme , et il est en môme temps l'œuvre d'un siècle de critique audacieuse et d'incrédulité. Il appartient à la poésie du mal ou de l'enfer, comme le concevoit le moyen-âge, lequel produisit deux types du damné , caractérisés l'un et l'autre par l'absence ou l'obscurcissement de la foi. Le premier de ces types est Faust ou l'homme emporté par l'orgueil de l'intelligence , voulant tout savoir afin de pouvoir tout. Le second est Don Juan ou l'homme possédé de la convoitise des jouissances sensuelles , et y renfermant tout son être. Le premier , par une pente naturelle, descend de l'orgueil dans la volupté ; le second remonte de la volupté dans l'orgueil, et tous deux se rencontrent dans une négation commune. Byron a saisi ce dernier type, et, comme Goethe, il a peint la maladie de son siècle , la misère de l'homme dépouillé des croyances éternelles, principe de sa grandeur et de sa vie. Mais il a des retours de foi , des instincts divins et des sympathies humaines , que Goethe avait fini pa^

étouffer en lui. Quand Byron cède à leur impulsion, on respire plus à Taise , on est comme délivré d'un énorme poids qui pressoit la poitrine. Quelques rayons furtifs glissant tout-à-coup entre les masses noires des nuages , colorent sa poésie d'une lumière plus douce. Cependant l'auteur du Giaour, de Manfred, de Caïn, de Don Juan, retombe bientôt sous la puissance de l'esprit qui l'obsède , esprit de doute et d'orgeuil , de révolte et de négation , de dédain ironique, de haine et de guerre opiniâtre contre le pouvoir supérieur, qu'il brave encore jusque dans la chute, la plus mortelle chute.

René aussi a éprouvé l'influence de ce siècle incroyant ; il a vécu dans ces régions sans soleil et sans air, mais ce n'est point là sa patrie, il y est étranger, il s'en va , loin de ce monde stérile et ténébreux , redemander à la Nature , dans ses solitudes primitives , la lumière qui lui manque , le souffle qui le ranimera; il prête l'oreille aux bruits du désert pour y saisir la voix de l'Etre mystérieux que ses désirs appellent, et seul en présence de cet Etre inconnu qu'il sent au-dedans de soi et qui se dérobe à ses regards, pliant sous le faix de l'ennui caché au fond de son âme , il en sort des accents d'une indicible mélancolie, des plaintes semblables à ces sons vagues et tristes qu'on entend le soir dans les forêts, ou sur Je jwd des fleuves,

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