CHAPITRE IV
PREMIÈRES MANIFESTATIONS DES FACULTÉS HUMAINES ET PREMIÈRES INVENTIONS. ORIGINE DES ARTS INDUSTRIELS.
Si l'homme ne possédoit d'autres moyens de défense que ceux qu'il apporte en naissant, s'il n'avoit que ses seuls organes pour agir sur le monde extérieur , il seroit , comparativement à ses besoins , la créature la plus disgraciée. Exposé à tant de sortes de périls, d'influences nuisibles, incapable de pourvoir d'une manière assurée à sa subsistance , il eût bientôt disparu de la terre. Pour qu'il se conservât, pour que l'espèce pût se perpétuer et se multiplier, il falloit que lui-même il se donnât ce qui lui manquoit , qu'il se créât des auxiliaires, qu'il tirât de la Nature les instruments indispensables pour la combattre et la dominer. Ces premiers efforts si merveilleux en soi et dans leurs résultats , ce développement premier des puissances internes se perd dans la nuit des temps. On ne sait rien de ces origines enveloppées d'un mystère profond. Sous ce
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rapport , il en est de l'humanité entière comme des individus successifs dont elle se compose. Ses souvenirs ne remontent point au-delà d'une époque assez avancée déjà de son évolution : elle n'a point la conscience des états antérieurs. Les manifestations primordiales de son activité essentielle n'ont laissé dans sa mémoire aucunes traces. Dans les âges les plus reculés dont il reste des documents, le langage existoit , les rudiments des arts existoient ; conséquemment l'histoire n'apprend rien sur leur formation, leur naissance. A cet égard on en est réduit à de simples conjectures, à ce que l'esprit peut déduire de quelques observations indirectes et surtout de la connoissance des causes et des lois générales. Or les tentatives qu'on a faites pour éclaircir ces importants problèmes , pour comprendre et pour expliquer ces faits primitifs , se résolvent en deux systèmes aussi peu admissibles l'un que l'autre, quoique l'un et l'autre contiennent, comme on le verra , quelque chose de vrai.
L'animal perçoit des phénomènes , sans essayer jamais d'en découvrir les causes, car la notion de cause lui est inaccessible : l'être intelligent, au contraire, simultanément en rapport avec le nécessaire et le contingent , le vrai et le réel , n'aperçoit pas un phénomène qu'il ne cherche aussitôt à le lier à sa cause ou , en d'autres termes , à le comprendre.