‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 213 sur 247 · LIVRE IXe. — CIÏAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IXe. — CIÏAPITRE II

qui l'écoutent les sentiments qu'il éprouve en soi. Ils n'entendront que l'accent, ils ne verront que la passion même, et leur cœur ému, leur imagination fascinée le transGgureront. A leurs yeux il ne sera plus lui, il sera le personnage créé par le poète. Telle est la puissance merveilleuse de l'art. Et c'est que l'art n'est ni la nature, ni l'imitation de la nature; il ne la reproduit pas, il en reproduit le type idéal, l'invisible exemplaire où réside sa beauté; et c'est pourquoi l'acteur qui ne sait pas s'élever jusqu'à cet exemplaire immuable du Beau, qui n'en a point la vision interne, n'obtiendra que des effets médiocres, des succès peu durables, et ne laissera qu'un nom bientôt oublié.

En traçant cette rapide esquisse du développement de la poésie chez les peuples divers, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos jours, nous n'avons guère considéré parmi les monuments de l'art, que ceux où il revêt une forme rhythmique rigoureusement déterminée. Il s'en faut bien cependant que ce soit là toute la poésie. Indépendante par son essence du mécanisme du langage, elle embrasse dans sa vaste enceinte toutes les manifestations du Beau. Platon est poète aussi bienqu'IIomère, et des grands écrivains en prose , il n'en est aucun qui n'ait été poète au degré que le comporte le genre de ses compositions, c'est-à-dire, selon qu'y

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