‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 216 sur 247 · ART ORATOIRE · texte numérisé non relu

ART ORATOIRE

Ce que nous appelons l'éloquence ne se dislinguoit pas originairement de la poésie. L'enseignement religieux et moral, les lois même en prenoient la forme, à cause de son intime union avec le chant, qui se confondoit avec la parole expressive; et même après que l'éloquence se fut, à quelques égards, séparée de la poésie, elle conserva comme elle le rhylhme, la mesure, l'harmonie, et conséquemment un certain caractère musical auquel , sans aucun doute, elle doit une partie de ses effets. Par où l'on voit de nouveau combien sont étroits les rapports entre les arts divers, et combien l'Art même, sous ses spécifications relatives à nos différents modes de percevoir et de sentir, est radicalement lié à ce qu'il y a de plus sérieux dans la vie humaine : ce qui, d'ailleurs, appnroit clairement lorsqu'on le considère en soi, au point de vue le plus général, puisque le Beau, objet de l'Art, n'est que le vrai rendu sen-

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sible, et que dès-lors la fonction de l'Art consiste à attirer, par le charme du Beau, les hommes vers le Vrai qui est aussi le Bien, à le leur faire aimer, et à concourir ainsi au but final de la Création, en l'unissant toujours plus à Dieu.

L'art oratoire comprend le discours et Faction, le discours qui parle à l'esprit , l'action qui parle aux sens. Dans sa complexité, il a, sous d'autres conditions , quelque chose de tous les autres arts ; quelque chose de l'architecture, par la disposition, la structure de l'édifice entier du discours ; de la sculpture et de la peinture, par la pose, le geste de l'orateur, l'expression de ses traits; de la danse, par Tharmonie des mouvements; de la musique, par l'accent de la voix et le rhythme de la déclamation.

Quelque intimement unis que soient ces deux éléments de Tart, le discours et l'action , chacun d'eux peut et doit être considéré séparément, parce que chacun a sa sphère distincte et subsiste à part, bien que l'un et l'autre s'appellent, s'attirent, pour user de ce mot, en vertu d'une réciproque affinité, et ne développent complètement leur puissance qu'en se combinant.

Le discours oratoire se distingue de la poésie en ce que la pensée pure et les procédés logiques y tiennent une plus grande place. 11 cherche à con-

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