‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 217 sur 247 · LIVRE ÏXe. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE ÏXe. — CHAPITRE III

vaincre par le raisonnement, il expose, prouve, démontre, selon les méthodes de la science : voilà ce qu'il a de propre. Mais il doit encore persuader, émouvoir, entraîner; c'est sa partie poétique, et la poésie est un des éléments de l'éloquence. Sans cela, l'éloquence n'appartiendroit pas à l'art , elle ne seroit pas l'expression du Beau, le Vrai n'yreluiroit pas sous la forme sensible qui en reproduit la splendide image. Ce que nous avons dit de la poésie s'applique donc également à elle : c'est pourquoi nous n'aurons que très-peu de chose à y ajouter.

L'éloquence peut être divisée en deux branches principales , l'éloquence religieuse et l'éloquence politique et civile.

La première, dans l'antiquité, se confondoit avec la poésie. Les hymnes chantées dans les cérémonies du culte, quelques poëmes, tels que ceux d'Hésiode et des Gnomiques, tels étoient les moyens à l'aide desquels se perpétuoit la tradition des préceptes moraux et des croyances théologiques. Plus tard, les philosophes dogmatisèrent ou de vive voix dans leurs écoles, ou par écrit dans des ouvrages accessibles seulement aux classes lettrées. Ce fut là tout. Les prêtres n'étoient point des ministres de la parole. Si , dans les sanctuaires mystérieux d'Eleusis de la Samothrace , l'hiérophante communiquoit aux initiés certaines doctrines dont la nature n'est

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pas bien connue, il étoit sévèrement défendu de les révéler au vulgaire profane ^Point d'instructions destinées au peuple : un sacerdoce muet. L'éloquence religieuse n'existoit donc pas avant le christianisme. Elle naquit sur les bords du lac de Génésareth et dans les montagnes de Judée , avec la prédication de Jésus-Christ, laquelle en est le plus beau modèle. Cette grande prédication , qui dcvoit renouveler le monde , continuée par les disciples du Fils de l'homme, se propagea dans l'empire romain et au-delà chez les barbares , avec une rapidité sans exemple : currit verbum, disoit saint Paul , étonné lui-même de ce merveilleux mouvement. L'enseignement du dogme et des devoirs n'a pas un moment cessé depuis; étroitement lié au culte, il constitua dès l'origine l'une des plus hautes fonctions du sacerdoce, et c'est à l'influence de cet enseignement oral qu'est principalement dû le développement intellectuel et moral des peuples chrétiens et leur civilisation supérieure. 11 leur est exclusivement propre; car, en imitant cette magnifique institution , le mahométisme n'en a conservé que l'ombre, et le vice de la doctrine, son incurable imperfection, l'y a rendue à peu près stérile.

1 Odi profanum vulçus

Et arceo.

IIORAT.

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