LIVRE IX0. — CHAPITRE III
bibe dans les plis d'un vêtement, il s'ouvre jusqu'au fond du cœur de secrètes voies, par cette sorte de douceur pénétrante qu'on a nommée onction, et qui distingue la parole chrétienne de toute autre parole. Mais le christianisme a aussi ses dogmes sévères et terribles, l'originelle dégradation de l'homme, son impuissance absolue pour le bien, d'où la nécessité d'une grâce surnaturelle, distribuée gratuitement sans égard aux mérites, accordée aux uns, refusée aux autres dans la mesure qui sauveroit certainement, la prédestination à des supplices sans fin, ou à l'éternelle gloire, selon d'immuables décrets devant lesquels doivent s'anéantir et la raison et la conscience humaine. Là où ces doctrines effrayantes ont prédominé dans toute leur rigueur, elles ont éteint l'amour, la volonté, l'action; car, que pouvoit faire et vouloir l'homme affaissé sous le poids d'une destinée fatale? Plus de mouvement, plus de vie, plus d'éloquence dès-lors, et voilà pourquoi le protestantisme s'est montré si stérile en grands orateurs. Sa parole compassée, froide et sèche, ne s'anime un peu, comme dans Saurin, que sous l'impression de la haine et de la colère. Complètement dépourvue d'onction, elle devient, sitôt qu'elle la recherche, celte espèce de jargon piétiste dévotement guindé, affecté, creux et fade, qui est pour le cœur ce qu'est pour l'oreille un son faux.
428 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.
Un des caractères du christianisme est de tendre sans relâche au perfectionnement moral , et rien de plus profond que sa manière de procéder pour atteindre cette fin. Pénétrant tout d'abord jusqu'à la racine des actes, il a voulu que l'homme, attentif aux secrètes impulsions qui les provoquent et les déterminent , et réprimant dès l'origine , avant qu'elles aient produit leur effet, celles dont il reconnaît la direction mauvaise, fît de cette réforme intérieure, toujours nécessaire, jamais achevée, le premier de ses soins. Tel est le but principal de la vie monastique. Le religieux, au fond de sa cellule, où nulle autre pensée ne le distrait de la pensée du souverain Etre vers lequel s'élèvent tous ses désirs, le contemple dans sa pureté, sa beauté ineffable, et se comparant à ce divin modèle, travaille incessamment à détruire en soi tout ce qui peut le séparer de lui. On ne sait point assez jusqu'où cette continuelle application à s'observer soi-même,' à surprendre le mal à sa naissance, sous ses formes les plus déliées et les plus fugitives , jointe à une aspiration véhémente au Bien infini, au Beau substantiel qui est Dieu même, développèrent, dans les siècles de foi, en certaines âmes d'élite, la délicatesse du sentiment et la sagacité du regard interne. Il ne faut pas chercher ailleurs la raison de cette merveilleuse connoissance de l'homme qu'on ne se