‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 222 sur 247 · LIVRE IXe.— CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IXe.— CHAPITRE III

l'intelligence ; et certaines branches de l'art ne peuvent môme exister que dans les pays libres. L'éloquence politique implique des assemblées où se discutent et se décident les questions relatives à l'intérêt commun, l'Agora, le Forum, le Sénat. Point d'éloquence civile là où la loi n'est que le caprice d'un homme, où la justice se cache dans l'ombre, où la publicité de la défense est interdite. C'est pourquoi ces deux genres d'éloquence furent, dans l'antiquité, exclusivement propres à la Grèce et à Rome jusqu'aux empereurs. On sait combien le peuple athénien, doué d'un sentiment si exquis du Beau sous toutes ses formes , étoit sensible au charme de la parole, et facilement entraîné par ses séductions. De là le rapide développement de l'art oratoire à Athènes, et la perfection qu'il y atteignit. L'orateur gouvernoit réellement, car il disposoit du souverain par la persuasion, le dominoit par l'ascendant victorieux de la parole. C'est à la puissance de la sienne, plus qu'à son génie dans la conduite des affaires publiques, que Périclès dut sa longue faveur et son autorité. D'autres, par le môme moyen, exercèrent après lui une influence pareille, mais contestée et passagère. Le peuple léger couroit à celui qui savoit le mieux lui plaire, s'emparer de son esprit, flatter ses préjugés et ses passions mobiles.

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