LIVRE IXe. — CHAPITRE III
les destinées de la poésie, semblables elles-mêmes à celles des autres arts : et cela doit être, puisque l'Art est un, ses diverses branches n'étant que le rapport de l'Art universel à nos facultés diverses. Son objet est également un, et cet objet est le Beau inGni ou le Vrai incarné dans des formes sensibles. Ainsi l'Art manifeste Dieu : ses œuvres en sont le reflet indéfiniment varié, selon les aspects sous lesquels il nous apparoit au sein de l'univers. Sans l'idée qu'elle recouvre et qui l'explique, et qui l'anime intérieurement, qu'est-ce qu'une forme? une vaine apparence, un fantôme vide, privé d'être réel, puisqu'il n'a point de raison d'être, de modèle immuable, éternel. Réduite alors à sa pure limite, la forme s'obscurcit et s'évanouit enfin dans les ténèbres de la matière. Mais le modèle, l'idée que la forme sensible exprime extérieurement, qu'est-ce, sinon le Vrai infini partiellement aperçu? Et comme le Vrai et le Bien , essentiellement identiques , n'ont dès-lors qu'une seule et même loi, il s'ensuit que cette loi une est tout ensemble la loi du Vrai , du Bien et du Beau, et conséquemment que les lois fondamentales de l'Art se confondent dans une même unité avec les lois morales et intellectuelles : ce qui fait comprendre pourquoi le développement de l'Art se proportionne constamment au développement intellectuel et moral ou au développement dans le
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Vrai et dans le Bien; de sorte que l'élément spirituel venant à s'affoiblir dans les croyances et dans les mœurs, l'Art décline infailliblement, et dans son déclin parcourt les mêmes phases de dépérissement que la vie sociale. On ne se lasse point de contempler ces grandes harmonies des choses, sujet toujours nouveau de méditations profondes, et source intarissable des plus ravissantes joies de l'esprit. Car, quelle joie comparable à celle qu'on éprouve, en flottant sur les ondes créées, de sentir qu'elles obéissent toutes à la même impulsion, se déroulent selon les mêmes lois dans le temps et l'espace, où chacune d'elles apporte avec soi comme un rayon de la splendeur de Dieu , dilatant sans cesse leurs rivages pour le manifester plus pleinement, pour le reproduire, s'il se pouvoit, dans son unité immense?