‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 233 sur 247 · LIVRE IXe. — CHAPITRE IV. 4o · texte numérisé non relu

LIVRE IXe. — CHAPITRE IV. 4o

il s'incarne. Évidemment la beauté de la forme dérive de la beauté du type, elle emprunte de lui tout ce qu'elle a de réalité ; et quoique la forme, distincte du type, n'en dépende pas dans son existence matérielle, séparée de l'idée qui l'animoit, elle ressemble à un corps dont la vie s'est retirée.

L'art d'écrire a encore un autre rapport avec la peinture *. Comme elle il se compose du dessin et du coloris. Le dessin réalise extérieurement l'idée, en arrête les contours, et c'est de lui que naît l'expression, c'est par lui qu'apparoît le Beau idéal, qu'il se manifeste à l'esprit dans son invisible essence. Le coloris agit davantage sur les sens, et, lorsqu'il prédomine, l'effet, plus vif d'abord, est moins profond et moins durable. Il fatigue même bientôt en émoussant la sensibilité des organes. Dans le discours comme dans la peinture, le coloris doit donc être subordonné au dessin, et, quoiqu'ils soient tous deux nécessaires, le vrai génie d'écrire consiste beaucoup plus dans le dessin que dans le coloris.

Une même pensée n'est pas exprimée de la même manière en des langues diverses, ni, dans la même langue, par des écrivains divers. La raison en est que chaque peuple a , comme chaque écrivain , sa forme intellectuelle, que le premier empreint dans 1 Ut pictura poesis. Horat.

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sa langue, le second dans son slylc. Cette empreinte personnelle en fait le caractère, et le caractère du style révèle immédiatement celui de l'esprit. Il est à son égard ce que sont dans l'homme les traits et la physionomie. Il y a des traits communs et des traits distingués, des ligures expressives et des ligures muettes. Ainsi du style ; et l'absence de caractère est , en ce qui touche l'art , la plus certaine marque de médiocrité.

Il existe des ouvrages qui se composent de pensées isolées, sans liaison entre elles; quelques gnomiques chez les Grecs, chez les Romains Publius Syrus, parmi nous La Rochefoucauld, La Bruyère, et d'autres. Plusieurs sont remarquables de style. Cependant les grands œuvres d'art forment un ensemble dont les parties, ordonnées dans le tout comme les organes dans le corps vivant, concourent à un but commun. Chaque phrase alors , quoique complète en soi, a d'intimes relations avec celles qui suivent et celles qui précèdent : elles sont dans le discours ce que les mots sont dans la phrase. Elles y remplissent les mêmes fonctions, s'éclairant Tune l'autre et se modiQant, pour exprimer ce qui ne pourroit l'être séparément par aucune d'elles. Leur mouvement dessine le tableau , qu'en même temps elles colorent de leurs nuances mélangées et distribuées pour l'effet total. Le rhylhmc aussi varie,

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