LIVRE IXe. — CHAPITRE IV. 4i
suivant l'impression que l'écrivain veut actuellement produire. Il se bâte, il se ralentit, se brise, se transforme, tantôt se développant avec majesté comme les vastes ondes d'une mer calme, tantôt décrivant mille courbes gracieuses, comme les tiges fleuries qu'agite, en glissant sur la plaine, un souffle léger.
Le sujet détermine le ton général. S'agit-il simplement de parler à l'esprit, de le convaincre, les qualités principales et presque uniques du style sont la clarté, l'ordre, la suite, l'encbaînement logique des idées qui procèdent l'une de l'autre sans effort , sans lacune, s'éclairent et se fortifient mutuellement *. Cette sorte de composition n'admet que peu d'ornements et que des ornements graves. Sa beauté, c'est la correction, la pureté du trait, la noblesse, i'éiégance sévère et une certaine élévation constante. Parmi les pbilosopbes , Malebrancbe en offre un modèle acbevé.
Plus animé dans la passion , le style en prend tous les caractères , en exprime toutes les nuances. Une autre logique que celle de l'esprit préside au eboix des mots et à leur arrangement , les détourne à des sens nouveaux, inattendus. Poussés et repoussés par le flot interne, ils se pressent, se mêlent sans règle apparente. Le discours devient 1 Séries et lucidus ordo. JloraU
figuré , le coloris en est plus vif, le mouvement plus varié. Quelquefois rapide, impétueux, il court, il bondit; quelquefois il se meut avec lenteur, fléchissant à chaque pas et comme affaisé sous une tristesse pesante. On entend tour à tour des sons tendres et doux qui reposent, et des accents heurtés, des cris aigus qui font tressaillir. Le drame est plein de ces effets; mais il faut qu'ils soient inspirés, qu'ils se présentent d'eux-mêmes : cherchés, calculés, ils ont toujours quelque chose de faux qui refroidit au lieu d'émouvoir.
La passion abonde en images, parce que l'élément physiologique y domine, et qu'elle a dèslors une liaison étroite avec la sensation. D'un autre côté, le Beau dans l'Art implique essentiellement l'image, puisqu'il implique une forme sensible qui réalise extérieurement l'exemplaire idéal. L'écrivain doit donc être doué d'une vive et féconde imagination. C'est elle qui, contenue dans les bornes du Vrai, donne au style l'éclat, le relief, la vie. A quelque degré qu'on y retrouve les autres qualités qu'exige l'art d'écrire, si l'imagination ne l'a point pénétré de son souffle puissant, de sa vertu plastique, on y sent une certaine sécheresse dont l'impression ressemble à celle qu'on reçoit de la nature morte et d'une campagne nue. Nous ne parlons point ici de l'imagination qui invente un sujet fie-