‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 240 sur 247 · LIVRE IX8. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE IX8. — CHAPITRE V

ganiques, on nomme affinité : l'affinité n'étant que l'instinct des corps bruts, comme l'instinct n'est que l'affinité des êtres doués d'organisation. En vertu d'une loi primitive, universelle et souveraine, l'énergie de ce principe, laquelle n'est que l'efficace inhérente à la forme, dirige, dans chaque ordre d'êtres, dans chaque genre, chaque espèce, la force interne à la production de certains effets d'où dépend la conservation des individus, leur développement, comme aussi le développement et la conservation du tout immense dont ils font partie, ou de la Création entière. Il est clair, en effet, qu'aucun être ne sauroit agir que selon sa nature, et que chaque être, quel qu'il soit, doit être déterminé par sa nature à produire les actes nécessaires à sa conservation; sans quoi, comment subsisteroit-il ? Quelle autre cause détermineroit ces actes spécifiques nécessaires, les détermineroit dès l'origine et avant même, nous ne disons pas que la raison ait apparu , mais que l'organisme soit achevé?

Si l'homme sedéveloppoit seulement dans l'ordre de l'utile, il ne différeroit de l'animal que par la supériorité de ses instincts, et ne seroit pas plus perfectible que lui; car, dans cet ordre même, le progrès, en tant qu'indéfini, dépend de la raison et resteroit sans elle fatalement renfermé, comme chez les êtres inférieurs, en des limites relatives à l'espèce entière,

et que l'individu ne franchiroit jamais. C'est à l'intelligence que l'homme doit le privilège de se perfectionner sans cesse , ainsi que le pouvoir toujours croissant qu'il exerce sur la Nature. Totalement absorbé en elle, il ne pourroit réagir sur elle, la dompter, la soumettre à son empire, s'il ne s'élevoit au-dessus d'elle par le don de l'intelligence. Et puisque là où elle n'est pas, tout a des bornes nécessaires et fixes, et que là où elle est ces bornes disparoissent, elle a évidemment une relation naturelle et directe à l'infini. On a vu , en effet , que l'intelligence, dans ce qui la constitue radicalement, est la faculté de percevoir le Vrai ou le nécessaire, l'invariable, l'absolu , c'est-à-dire de percevoir Dieu et les idées en Dieu, A l'instant où elle naît, elle engendre des besoins nouveaux, et par conséquent ouvre à l'homme une nouvelle sphère d'action.

Mais le Vrai peut être perçu, soit immédiatement en lui-même, soit à travers le voile des choses extérieures ou des formes sensibles qui manifestent, au sein de l'espace et du temps, les idées, les types, les modèles éternels de tout ce qui est. Le Vrai ainsi perçu prend le nom de Beau, et le Beau est le Vrai manifesté dans une forme sensible. Dès que l'homme en a la vision, il s'unit à lui par l'amour et cherche à le reproduire dans ses œuvres, à y incarner l'exemplaire divin que contemple l'œil interne.

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