‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 242 sur 247 · LIVRE IXe. — CHAPITRE V. 47S · texte numérisé non relu

LIVRE IXe. — CHAPITRE V. 47S

spirituelle qu'elle provoque , la pensée qu'elle suscite, le sentiment qu'elle éveille; et la forme, dèslors, n'occupe dans l'Art qu'un rang subordonné; elle y est ce que, (lans l'homme, le corps est à l'être véritable, à l'être intelligent et moral.

Des relations du type idéal et de la forme externe, dérivent les lois générales de l'Art, lesquelles se spécifient dans les arts divers, expression des rapports de l'Art complet essentiellement un , avec nos facultés diverses. Sur quoi , d'abord , nous faisons remarquer que les arts partiels, virtuellement contenus dans le premier de tous, l'architecture, en sortent par une évolution exactement semblable à celle des êtres dans la Création, et, en accomplissant leur développement spécial , conservent une intime liaison qui rappelle leur origine commune.

Nous montrons ensuite qu'ils se divisent en deux branches principales, les arts relatifs au sens de la vue, et les arts relatifs au sens de l'ouïe, entre lesquelles la danse, qui ajoute le mouvement à la statuaire et implique le rhylhme musical, forme une naturelle transition. La première de ces branches comprend les arts plastiques et les arts du dessin , la seconde se compose de tous les autres arts, depuis la musique jusqu'à l'éloquence. En traitant de chacun de ces arts particuliers , nous

476 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.

faisons voir que , quelle que soit la diversité des moyens qu'ils emploient, ils tendent tous au même but, s'aidant et se suppléant mutuellement, reposent sur les mômes principes , se développent dans le même ordre , s'altèrent par les mêmes causes , et que, dans leurs phases variées, ils ne sont jamais que l'expression des croyances régnantes , qu'ils en suivent fatalement le progrès et la décadence, naissent avec elles, s'éteignent avec elles; qu'ainsi , aux époques où aucunes croyances n'ont encore remplacé celles que le temps a usées, il n'existe proprement point d'art, ce qu'on appelle de ce nom n'étant ou qu'une froide et stérile imitation de l'art ancien, ou que d'impuissantes tentatives pour en créer un nouveau , la recherche inquiète d'une forme dont le modèle , vaguement pressenti , est encore inconnu. L'artiste alors , sans autre guide, sans autre appui que sa pensée, son inspiration personnelle , est lui-même le type idéal qu'il s'efforce de reproduire , type au moins imparfait, toujours obscur, incompréhensible souvent, et qui , ne correspondant à aucune conception générale des choses, à aucune foi vivante dans les âmes, n'y remue rien de profond.

Telles sont les bases fondamentales de la philosophie de l'Art. Il ouvre une sphère nouvelle à l'activité de l'homme qui de l'ordre de l'Utile passe

Page 1