‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 32 sur 247 · LIVRE VIIe. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE VIIe. — CHAPITRE V

la langue propre des êtres inanimés et inorganiques.

Ils en possèdent cependant une autre qui tire son origine d'une modification spéciale de la lumière , de cette modification d'où naît le son, lequel n'est que la lumière même en rapport avec le mode particulier de sensibilité qui constitue l'ouïe. Tout corps frappé rend un son , qu'il nous soit ou non perceptible, et chaque corps frappé rend un son divers. Le fluide sonore est donc différemment modifié par les molécules du corps, selon leur nature ou leur forme spécifique. Elles exercent donc sur ce fluide une action semblable à celle qu'elles exercent sur la lumière, et dans son infinie variété, le son les manifeste comme les couleurs. Par lui elles parlent à notre oreille, comme par la couleur elles parlent à nos yeux : et ces deux langues ne forment qu'une même langue identique en soi, différente seulement par ses relations à deux de nos sens, ou à deux modes différents de perception.

Si cette langue est obscure pour nous, ce n'est pas à cause de son imperfection, mais de notre ignorance. A peine en épelons-nous quelques syllabes éparses sans liaison et sans suite. Nous ne la saisissons ni dans son ensemble , ni dans toutes ses nuances d'une délicatesse infinie. Que de mots perdus pour nous! Combien d'autres dont nous ne

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comprenons ni le sens isolé, ni la valeur relative! Si nous savions interpréter cette langue magnifique de la Nature, si, complètement initiés à ses secrets, nous en avions la pleine intelligence, le monde des corps nous seroit révélé, nous y lirions, comme en un livre écrit de la main de Dieu, la description de ses œuvres, notre science seroit tout ce qu'elle peut être, tout ce que notre nature , à un point donné de son développement, permet qu'elle soit, et Tune des conditions de notre progrès est de l'étudier sans cesse.

Là où apparoît, avec des formes et plus complexes et plus parfaites , avec une véritable organisation , un commencement d'unité individuelle , de sponta néité, de vie, dans les plantes et les zoophytes, dans les animaux môme d'un genre plus élevé, mais dépourvus d'organes des sens appréciables pour nous, le langage aussi commence à subir des modifications relatives à la nature de chacun de ces êtres. Cependant ces natures infimes diffèrent tant de la nôtre même organiquement , la manière dont elles semblent affectées par les objets externes ressemble si peu à celle dont nous sommes affectés nous-mêmes, que nous manquons presque entièrement de moyens de percevoir nettement leur langage spécifique , de nous en faire une idée claire , comme nous n'avons aucune idée claire de nos propres

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