LIVRE VIIe. — CHAPITRE V. C
perceptions, de notre mode de sentir et de ses manifestations , aux premières époques de notre développement dans le sein maternel : et, sous beaucoup de rapports, il existe une grande analogie entre notre état fœtal, et l'état permanent des êtres placés aux derniers rangs de l'échelle animale. Nous savons pourtant que la lumière agit sur eux, qu'elle provoque en eux certains mouvements organiques , indice réel des impressions qu'ils reçoivent des choses, de leurs perceptions, et obscur comme elles. De patientes observations , des expériences faites avec soin nous apprendroient probablement que le son produit sur eux des effets analogues, qu'il est doué quelquefois à leur égard d'une vertu excitatrice semblable. Toujours est-il que les êtres de l'organisation même la plus simple, ont avec le monde extérieur des relations perçues d'eux à un certain degré et d'une certaine manière, et qu'à ces perceptions correspond un mode de manifestation qui constitue le langage propre de cette classe d'êtres.
En continuant de s'élever dans la série des êtres organiques , on arrive aux animaux moins distants de l'homme, pourvus d'organes externes et internes des sens pareils aux siens. Nous nous bornerons, pour abréger , à considérer ceux d'entre eux chez qui cette conformité est le plus apparente. Toutefois
64 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.
en reconnoissant ce qu'eux et lui ont de commun , n'oublions pas ce qu'ils ont de différent , sans quoi, s'égarant à chaque pas , la science tomberoit dans d'épaisses ténèbres et une confusion inextricable. L'homme perçoit l'univers, le monde phénoménal; en outre , il perçoit Dieu , et en Dieu l'immuable , le nécessaire, le Vrai, et de cette perception de Dieu et du vrai en Dieu , résulte le sublime privilège de l'intelligence. L'animal , au contraire, ne perçoit que l'univers , c'est-à-dire , les purs phénomènes variables , relatifs , contingents. Dieu lui est voilé ; il ne possède point la faculté de percevoir la lumière qui le révèle ; et c'est pourquoi il est privé d'intelligence réelle ; car, point d'intelligence, point de conception , de compréhension , sans la connoissance des causes et des lois, et conséquemment sans la connoissance du Vrai, d'où émane originairement toute cause comme toute loi ; du Vrai qui est lui-même la Cause première , essentielle et universelle.
Mais comment ces êtres inférieurs à l'homme , supérieurs au reste de la Création , perçoivent-ils l'univers et ses phénomènes? On ne sauroit concevoir que ce qui se manifeste, et au moyen de sa manifestation. Il existe donc un rapport entre les manifestations naturelles des corps soit inorganiques , soit organisés , et les animaux qui les per-