‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 48 sur 247 · LIVRE VIIe. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VIIe. — CHAPITRE VI

quelle point de parties , par conséquent point d'étendue. Les molécules d'un corps homogène ne sont donc que la môme forme indivisible , numériquement multipliée par la limite purement négative *.

Sitôt qu'une forme commence d'exister sous les conditions de l'étendue ou sous des conditions matérielles, de simple idée elle devient germe, car le germe n'est qu'une forme incorporée ou individualisée au sein de l'univers, et soumise dès-lors à ses lois. Or, tout germe tend à se développer, et pour un être inorganique, se développer, c'est se multiplier, c'est produire indéfiniment des molécules

1 Cette question de l'unité et de la multiplicité de la forme a beaucoup occupé les philosophes et particulièrement Leibnitz, qui en pressentoit l'importance, mais qui ne l'a point résolue. C'est ce que l'on appeloit la question des indiscernables.

Supposant deux objets rigoureusement et absolument semblables en tout, on demandoit si c'étoient deux objets divers, s'il étoit possible qu'ils existassent séparément. Les uns le nioient, les autres l'affirmoient , mais sur des motifs qui respectivement ne paraissoient point décisifs; et cela devoit être, parce que la solution de ce problème dépendoit d'une conception de la matière différente des notions obscures ou fausses que, de part et d'autre, on s'en formoit. Quant à nous, il nous semble qu'en se plaçant à notre point de vue, les difficultés disparoissent d'elles-mêmes.

Pour qu'un objet quelconque existe, il faut premièrement qu'il ait son type, son idée, son modèle immuable en Dieu ; et secondement que Dieu le réalise au-dehors de lui , en le circonscrivant par une limite effective.

Si , dans cet objet réalisé , on considère exclusivement son idée typique, laquelle représente tout ce qu'il y a de positif en lui , il est impossible que cette idée identique, invariable, soit conçue sous la

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semblables à ses molécules intégrantes. Outre les conditions générales relatives au principe de force et au principe d'union , conditions dont nous n'avons point à nous occuper ici , ce développement implique deux choses, un milieu susceptible d'être élaboré par le corps, assimilé au corps, et une énergie qui opère cette assimilation. Cette énergie n'est autre que l'efficace propre de la forme, et son mode d'action est ce qu'on appelle affinité. Tout corps donc a en soi un principe spécifique par lequel , agissant sur les autres corps avec lesquels il est en relation, il subsiste et se développe selon sa nature.

condition d'une double existence simultanée ; car, en tant qu'idée elle est essentiellement une : seulement sans cesser d'être une, elle peut être simultanément perçue par plusieurs intelligences, comme le soleil , sans cesser d'être un , peut être perçu simultanément par plusieurs yeux. Deux idées indiscernables ne sont donc réellement qu'une même idée , et le contraire implique contradiction : car si ces idées indiscernables étoient en effet deux idées, il y auroit en elles à la fois, et sous le même rapport, unité et dualité.

Mais précisément parce que toute idée est une en soi et indiscernable, elle peut être indéfiniment réalisée au dehors de Dieu, comme la parole réalise au-dehors indéfiniment la même pensée : et la limite étant le moyen de cette réalisation, c'est dès-lors dans la limite seule que résidera la distinction entre deux objets indiscernables et par conséquent identiques par leur idée. Cette distinction ne sera donc exprimable que dans le langage propre de la limite. Or le langage propre de la limite est le nombre pur. Ce sera donc à l'aide du nombre qu'on distinguera ces deux objets, divers uniquement par le principe particulier auquel correspond le nombre et dont il est l'expression. En un mot , identiques et indiscernables par leur type, mais séparés par leur limite, ils sont idéalement un et numériquement différents.

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