LIVRE VIÏe. — CHAPITRE VI
Ce qui distingue les êtres organisés des êtres inorganiques, c'est la correspondance intime, la dépendance mutuelle et l'action réciproque des éléments divers dont ils se composent, d'où résulte, sous Tinfluence de la forme complexe qui les constitue ce qu'ils sont, une unité d'autant plus parfaite que la forme elle-même est plus parfaite, c'est-à-dire résume un plus grand nombre de formes inférieures. Cardiaque molécule d'un corps brut étant la forme tout entière, et dès-lors, complète en soi, ne dépendant des autres molécules, ni quant à son existence , ni quant à l'exercice de ses fonctions, leur est simplement contigue, subsiste en dehors d'elle, ne les implique point, n'est point impliquée par elles, ne se fond point avec elles dans un tout essentiellement un ; tandis que l'être organisé , l'animal , par exemple , forme un tout de ce genre, dans lequel chaque partie suppose les autres, est liée aux autres par un lien si étroit qu'aucune d'elles ne sauroit subsister à part, n'a plus de signification , de vie , d'action , d'existence possible conforme à sa nature, sitôt qu'elle cesse d'appartenir à l'unité radicale de l'être.
Mais cette unité exclut l'étendue. L'Être organisé n'est donc lui aussi, parce qui fait son essence, qu'une forme inétendue actuellement animée, et la complexité de cette forme implique dans l'être
90 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.
qu'elle détermine la faculté de sentir ; car ses éléments divers ne peuvent être un que dans un moi qui les ramène à sa propre unité , qui se sente en eux dès-lors et les sente en soi; et, au degré où il est un, cela est vrai du végétal même. Chacun de ces éléments subissant Faction des objets extérieurs, étant modifié par eux, et le moi ayant la conscience de leurs modifications , identique avec la conscience qu'il a de soi , il entre ainsi en relation avec le monde externe , et la perception naît. Plus est complexe la nature de l'être , plus ses rapports avec le monde externe sont divers et multipliés ou plus il a de perceptions diverses, lesquelles impliquent elles-mêmes un autre ordre de perceptions, celui de leurs rapports.
La perception et la sensation , conséquences nécessaires de l'unité de l'être organique , engendrent la spontanéité ; car on ne sauroit concevoir aucun être qui n'ait en soi un principe actif ou qui ne soit doué de force , et cette force devient spontanée lorsqu'elle trouve dans l'Être une cause interne excitante et déterminante. Or la sensation et la perception, unies à l'amour qui y correspond, ont ce double caractère. Elles ne sont en effet qu'un mode d'être de la forme à un état plus élevé que dans le monde organique. Mais son action ? variable selon la variété que présente la série des formes progrès-