LIVRE VIIe. — CHAPITRE VI
dans la première période de leur développement, et pour plusieurs d'entre eux pendant toute la durée de leur existence. En quoi la croissance d'une éponge, d'une méduse, d'un hydre, diffère-t-elle radicalement de celle des corps qui croisssent en vertu de l'affinité purement chimique? L'une et l'autre ne présentent-elles pas , en ce qu'elles ont de divers , une simple modification du même principe actif, de la même énergie fondamentale? Elevez-vous dans l'échelle jusqu'aux rayonnes, par exemple, et à certains polypes : que nous offrent-ils de nouveau? Quelques circonstances dépendantes de la sensibilité et de la motilité. A l'aide d'organes de préhension ils saisissent à distance les corps assimilables, et les mettent en contact avec d'autres organes destinés à les élaborer et à les assimiler. Voilà l'instinct qui se manifeste , et comment? Par une suite d'actes qui aboutissent à la production de molécules propres à réparer ou à développer les divers tissus de l'animal , c'est-à-dire de molécules semblables à celles dont se composent ces divers tissus. La série des moyens par lesquels s'accomplit celte production est , comme la nature de l'être , plus complexe que dans les êtres inorganiques j mais, comme en ceux-ci, ces moyens se résument dans l'action de cette même nature, dans son efficace essentielle et spécifique. Aussi remarquez que
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les termes de cette série augmentent en nombre à mesure que la nature s'élève ou que la forme se complique , de sorte qu'il n'est rien en elle qui ne se retrouve et ne se révèle , avec son caractère distinetif, dans son action, laquelle résulte du concours de toutes les puissances propres de l'être. Et comme ces puissances ne se développent pas simultanément , que l'animal , avant de parvenir à sa perfection , subsiste à différents états correspondants aux formes inférieures qu'implique la forme principale, le même principe essentiel dont les innombrables modifications apparoissent d'une manière parmanente, au sein de l'univers, dans l'échelle des natures diverses 9 présente dans le même être successivement la même variété, se développant avec lui et, par d'insensibles degrés, passant du point initial , où il touche à l'affinité pure , à l'autre point extrême , où , devenu l'instinct dans ce qu'il a de plus merveilleux , il se marie , pour ainsi parler, avec l'intelligence.
A partir du moment où l'ovule fécondé se détache de l'ovaire pour venir opérer son développement dans l'utérus , jusqu'au terme de la gestation , les fonctions du fœtus se réduisent à celles qui , après la naissance , continuent de s'accomplir par une nécessité organique aveugle, c'est-à-dire, aux fonctions nutritives qui, évidemment dépen-
dantes de la même cause essentielle que l'affinité chimique , ne sont en réalité que l'action d'une forme vivante sur le milieu où elle est plongée. Tel est l'instinct à son premier état. Voyons ce qui se passe ensuite chez lés animaux des classes supérieures, chez les mammifères, par exemple.
Apres un temps déterminé , le fœtus préparé à vivre dans un autre milieu , où doit s'achever son développement, est expulsé de la matrice. Il entre en rapport immédiat avec le monde extérieur, et aussitôt, mus instinctivement par la force inhérente à l'être , les organes de la respiration commencent à remplir leurs fondions nécessaires. À cette époque, il doit encore tirer sa nourriture de la mère. La mère spontanément lui offre sa mamelle, qu'il prend spontanément, exécutant de lui-même le mécanisme de la succion qui ne sauroit s'effectuer qu'à l'aide de l'appareil respiratoire , dont il implique dès-lors l'exercice antérieur. Par suite de sa liaison avec l'organe vocal , le même appareil le met en jeu , et la voix établit un lien nouveau entre le petit et la mère, ainsi avertie de ses besoins. Qui ne reconnoîtroit , dans ces phénomènes à la fois communs à toutes les espèces et modifiés selon les différences de ces espèces , l'action directe de la nature, de la forme intime qui caractérise chacune d'elles, l'évolution de l'être correspondant avec une
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rigueur absolue à l'évolution de ses instincts, et réciproquement? Conditions de son existence, ils expriment et ils réalisent les relations normales entre le monde extérieur et l'essence propre de l'être ; ils sont la cause déterminante de son action spécifique sur ce monde , l'impulsion directrice de sa force interne.
Considérez, en effet, leur enchaînement progressif et régulier. Plus avancé dans sa croissance , l'animal a besoin d'une nourriture autre que celle que la mère lui avoit jusqu'alors fournie. Mais cette nourriture ne vient point à lui , il faut qu'il aille à elle , qu'il la reconnoisse et la choisisse , la cherche, la poursuive lorsqu'elle se dérobe à lui. De là, nécessité des sens, de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du goût, du tact, nécessité de la locomotion ; et ces fonctions nouvelles, il les accomplit spontanément comme les premières. Spontanément encore il discerne parmi les végétaux ceux qui doivent être son aliment, parmi les animaux ceux destinés à devenir sa proie. Soit par force , soit par ruse, mais toujourr en vertu d'une impulsion native *, il s'en empare et les fait servir à la satisfaction de ses besoins. Un autre instinct le guide quelquefois dans
1 Dente lupus cornu taurus petit; undè , nisi intùs
Monstratum ?
Horat, Servi» Lib. Il, Sat. I.