‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 59 sur 247 · LIVRE VIIe. — CHAPITRE VIî · texte numérisé non relu

LIVRE VIIe. — CHAPITRE VIî

contre l'inclémence de l'air et les attaques des animaux. Il les combattit avec la massue, le javelot, la flèche. 11 apprit à les dépouiller avec des cailloux aigus , à se recouvrir de leur peau , à lui donner des formes plus commodes en la cousant avec leurs nerfs, à en feutrer le poil. Les feuilles de certaines plantes, de l'argile façonnée et séchée au soleil, lui fournirent les vases en petit nombre dont il sentoit le besoin. De proche en proche il multiplia les instruments à son usage, et lorsqu'enfin il eut découvert celui des métaux , l'art de les fondre et de les travailler, ses conquêtes s'agrandirent et bientôt n'eurent plus de bornes. Notre plan n'en comporte point le détail qui seroit immense. Bornons-nous à considérer d'une vue générale cette magnifique évolution de l'humanité au sein de l'univers.

Dès qu'il apparut sur la terre , une lutte aussitôt s'établit entre l'homme et la Nature , et cette lutte subsistera jusqu'à ce qu'il ait complètement soumis la Nature à sa domination. Il dut d'abord se défendre contre elle, contre l'action redoutable de ses puissances élémentaires et contre les animaux portés par leur instinct à faire de lui leur proie, ou qui lui disputoient sa propre nourriture. Cette première époque resta gravée dans la mémoire des peuples. Leurs antiques annales parlent toutes d'un temps, voilé d'une sorte de mystère poétique, où des génies

116 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.

privilégiés, des héros bienfaiteurs assainirent le sol en écoulant les eaux stagnantes, en dirigeant le cours des fleuves, et protégeant les lieux habités contre leur débordement *, en combattant et en détruisant les animaux féroces 2; d'où la haute idée primitivement attachée au nom de chasseur. Le fort chasseur, venator fortis, était à l'origine un pouvoir tutélaire, un personnage presque divin, un demi-dieu, comme on s'exprima plus tard. Nous ne pouvons aujourd'hui que bien difficilement nous représenter les immenses travaux imposés aux premiers hommes, les obstacles qu'ils durent vaincre pour réunir autour d'eux les conditions de vie et de sécurité d'où dépendoit la durée de l'espèce. La terre alors ne ressembloit nullement à ce qu'elle devint depuis sous les mains qui la transformèrent. Figurez -vous d'après montagnes, des plaines ici arides et nues, là recouvertes d'arbres, de broussailles épaisses ou de longues herbes servant de retraite aux bêtes sauvages; des forêts marécageuses semblables à celles qui bordent en partie les rivages de l'Amazone, et supposez que quelques familles, même instruites de nos arts, se trouvent soudainement transportées dans ces régions primordiales, sans vêtements, sans armes, sans instru-

» Voyez le Chou-king et les livres sacrés de l'Inde. a Les Hercules,

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