‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 60 sur 247 · LIVRE VIIe. — • CHAPITRE VII. il · texte numérisé non relu

LIVRE VIIe. — • CHAPITRE VII. il

ments quelconques dont elles puissent immédiatement s'aider, cette seule pensée vous effraiera : et cependant tel fut l'état originaire de l'homme. Avec quel étonnement et quelle admiration ne devonsnous pas contempler ses efforts, son courage, les ressources qu'il puisa dans les inspirations de l'instinct fécondées par l'intelligence ! Quoi de plus merveilleux que de le voir ainsi aux prises avec tant de puissances ennemies, et sortir triomphant de ce combat! Comparées aux difficultés à vaincre, ses conquêtes ultérieures n'offrent rien d'aussi grand.

Pour s'assujettir la Nature, il fallut d'abord qu'il s'en appropriât les forces, les forces aveugles et les forces vivantes, et c'est par là surtout que , sous le point de vue où nous l'envisageons en ce moment, il se distingue des êtres inférieurs. Aucun de ceux-ci ne sut jamais surajouter une force nouvelle à sa force organique. Celle-ci , proportionnée à ses besoins et à ses instincts, suffit à sa conservation, et tout autre, inutile dès-lors, seroit en outre une force désordonnée , puisqu'elle ne seroit dirigée ni par l'intelligence, ni par l'instinct qui ne peut régler que les forces internes inhérentes à l'être.

En soumettant les animaux et les réduisant à l'état domestique, l'homme se crée de nombreux et puissants auxiliaires; il use pour ses fins de leurs

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forces propres, de leurs instincts divers, et se sous^ trait toujours plus aux chances incertaines du hasard en ce qui tient aux premières nécessités de la vie. Les uns lui fournissent leur lait, leur toison, leur chair ; d'autres lui prêtent leur aide pour la chasse; d'autres se chargent pour lui de la fatigue des transports ; il en emploie d'autres au labour. Que seroit sans eux l'agriculture? Or, c'est par elle que la terre devient réellement son domaine. En en dirigeant les forces génératrices, il tire du sol une nourriture plus assurée, plus abondante et plus variée. Il dispose également de ses forces mécaniques, de celle des eaux, des vents, et, par la production de la lumière artificielle, il prolonge l'exercice de son activité. L'art de bâtir, de se vêtir, la fabrication des instruments que nécessitent les différents genres d'industrie, celle des objets directement utiles à l'entretien et aux commodités de la vie, vont se perfectionnant. Les inventions se multiplient. Une foule de machines ingénieuses rendent possibles des travaux inexécutables sans elles. La roue, appliquée aux véhicules, économise la force et abrège les distances. Le levier, la poulie, le treuil, se prêtent à mille usages divers. Sur un frêle esquif, un canot d'écorce, qui deviendra par des perfectionnements successifs une cité flottante, l'homme, impatient de toute barrière,

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