‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 68 sur 247 · LIVRE VIIIe. <— CHAPITRE Ier · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. <— CHAPITRE Ier

Sous cette forme sensible } expression de notre nature, resplendit la forme incréée, inaccessible aux sens, en qui se contemple le souverain Etre et par laquelle il se connoît. Le Créateur et la Création que l'homme résume en soi , sont là tout ensemble distincts et un , celui-là incorporé dans son œuvre, celle-ci spiritualisée dans son exemplaire éternel. C'est le Beau complet, le Beau dans ses rapports avec le Vrai et le Bien.

Le Beau dans ses rapports avec le faux et le mal , le Beau séparé de Dieu ou correspondant à l'individualité pure, a son type dans Satan, la plus parfaite des natures créées, mais la plus éloignée de Dieu, la plus perverse, la plus souffrante. La forme reste avec sa beauté essentielle, impérissable, et l'on frémit en la voyant. Le mal est là, l'idéal du mal incarné dans cette forme. Les ténèbres rayonnent de cette face, la haine scintille dans ces yeux, l'orgueil inflexible siège sur ce front. Cette forme ravissante, isolée du Créateur, isolée de la Création, est suspendue dans le vide comme un météore effrayant.

Il y a donc deux genres de beauté, la beauté matérielle ou individuelle de la forme, et la beauté idéale de cette même forme où resplendit le Beau infini de qui elle découle et auquel elle demeure unie. De l'union de ces beautés résulte la Beauté suprême, sous le point de vue de l'Art.

152 IIe PARTIE. — . DE L'HOMME.

La beauté déchue, concentrée en soi et dès-lors en rapport inverse avec le Beau infini, est encore beauté, en ce sens qu'elle exprime la nature essentielle de l'être, son type idéal, éternel; mais cette beauté même , modifiée par l'état désordonné de l'être ou exprimant aussi cet état, s'empreint d'un caractère qui repousse et glace, comme une manifestation du mal. Dans les teintes louches et flétries de la fleur, vous découvrez les traces de la larve hideuse qui la dévore intérieurement et l'infecte de son venin.

Le laid est ou une forme qui nous répugne, par une secrète disconvenance avec notre mode particulier de sentir, mais celui-ci n'est que relatif, ou une disproportion marquée dans une forme naturelle, une violation de ses lois harmoniques, et c'est le laid absolu. La laideur, néanmoins à travers laquelle reluit, en quelque sorte, le Beau idéal dans ses relations avec le Vrai et le Bien, peut occuper dans l'Art un rang plus élevé, plaire davantage, toucher, émouvoir plus profondément que la simple beauté physique.

Quelques-uns ont cherché le principe de l'Art dans l'imitation. Evidemment l'imitation en est un des éléments, mais elle n'en est pas le principe. L'Art n'est qu'une face du développement de l'homme, de ses puissances actives. Il naît d'un ordre de besoins

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