‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 69 sur 247 · LIVRE VIIIe. — CHAPITRE 1er · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. — CHAPITRE 1er

nouveaux que produit eu lui l'évolution de ses facultés supérieures, il marque une phase de sa croissance. Absorbé d'abord dans la vie purement physiologique , son action première , déterminée par d'aveugles appétits relatifs au corps, a pour unique but de les satisfaire. Il tend à Futile exclusivement, en cela semblable à l'animal privé d'intelligence, de la vision du Vrai, et par là même du sentiment du Beau. Dès que ce sentiment apparoît dans l'homme, il se manifeste dans ses œuvres où commence à briller la lumière nouvelle qui l'illumine intérieurement. Comme les rayons réfractés par l'atmosphère, dissipent peu à peu les ténèbres de la nuit et annoncent le lever de l'astre caché encore sous l'horizon, l'Art annonce le lever de la science dont il est l'éclatante aurore. Car tout se tient, tout s'enchaîne : aucun progrès ne s'opère brusquement, ne s'accomplit dans une sphère isolée. Ce qui a précédé l'Art, ce qui le suit, en est inséparable. Le Beau qui implique le Vrai, implique aussi l'utile; il s'unit, s'incorpore à lui. Leurs lois, quoique diverses, se lient en vertu d'une harmonie fondamentale qui les ramène à l'unité. Les proportions les plus parfaites dans leur rapport avec le Beau, sont également les plus parfaites dans leur rapport avec l'utile. Dans un organisme vivant, les formes les plus belles sont en même temps les mieux appropriées à leurs fonc-

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tions. Nul art ne dérive de soi , ne subsiste par soi-même, pour ainsi dire solitairement. L'art 'pour Vart est donc une absurdité. Le perfectionnement de Tètre dont il manifeste les progrès, en est le but. Il est comme le point de concours de ses besoins pbysiques et de ses besoins intellectuels et moraux, et les arts, en effet, peuvent être classés selon leur relation à ces besoins divers. Du besoin de se créer des abris, des demeures de plus en plus commodes et du désir de les orner; du besoin de s'assembler pour accomplir des actes soit religieux, soit civils, est née l'architecture avec ses annexes, la sculpture, la peinture, qui se développent sous l'influence de plusieurs autres besoins inhérents à la nature supérieure de l'homme. Sœur de la poésie, la musique opère la liaison des arts qui s'adressent directement aux sens avec les arts propres de l'esprit , et leur objet commun est de satisfaire des besoins de l'ordre moral , de seconder les efforts de l'humanité pour atteindre sa fin, de la soulever de la terre et de lui imprimer un mouvement perpétuel d'ascension. Se figure-t-on un art qui ne soit bon à rien? un art de bâtir sans un but d'utilité pratique? un art de la parole indépendant de l'effet que la parole doit produire, et un effet de ce genre qui, bon ou mauvais, n'ait pas en soi, et dans celui qui l'a cherché, voulu, un caractère moral? Non-seulement donc l'Art a

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