LIVRE VIIIe. — CHAPITRE 1er. I3S
sa racine dans les puissances natives, radicales, essentielles de l'homme, il en est l'exercice, la manifestation sous un certain mode ; mais encore, en unissant les lois de l'organisme aux lois de l'intelligence et de l'amour, il les dirige vers le même terme, la perfection de l'être dans ce que sa nature contient de plus élevé : merveilleux enchaînement qui nous fait comprendre par ce qui se passe en nous l'harmonie de tous les ordres d'êtres, leurs relations mutuelles, leur commune tendance, et l'unité de la Création, image et reflet de l'unité de Dieu même.
De ces considérations, il s'ensuit que l'Art n'est point arbitraire, qu'il ne dépend point des fantaisies capricieuses d'une pensée sans règle , qu'ayant , comme les êtres eux-mêmes, des conditions essentielles , nécessaires d'existence et de développement, on ne peut, sans le détruire, ni en changer les bases à jamais invariables , ni en altérer les lois. Ces lois résultant de l'union des lois de l'ordre physique et des lois de l'ordre intellectuel , l'Art , sous ce rapport , correspond à la faculté qu'on a nommée imagination, ou au pouvoir que l'homme possède de revêtir l'idée d'une forme sensible qui la manifeste extérieurement , d'incarner dans la Nature les types éternels, et l'Art est pour l'homme ce qu'est en Dieu la puissance créatrice : d'où le
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mot de poésie, dans la plénitude de sa primitive acception1.
Cependant, si les œuvres de l'Art dépendent radicalement de la nature des choses et de leurs lois, sur lesquelles l'homme ne peut rien, ils dépendent encore de la manière dont il sent et conçoit ces mêmes choses. L'artiste se manifeste donc individuellement dans son œuvre, il lui imprime son caractère propre, nouvelle source de variété. Et, comme l'individu est lui-même l'expression du milieu social où il vit, que nul n'échappe à l'influence de tout ce qui constitue la société humaine à une époque déterminée, à l'influence des doctrines reçues, des croyances établies, de la civilisation, des mœurs, de la philosophie, de la religion, l'Art, chez les différents peuples, aux différentes périodes de leur développement et du développement général de l'humanité, dont il représente les états successifs, éprouve des modifications profondes. Le Beau en est l'immuable objet, mais l'esprit l'aperçoit sous des aspects divers ; et ce qu'il importe d'observer, c'est qu'à mesure que la conception s'agrandit et se rapproche de son terme, le Vrai infini, l'Art aussi s'agrandit et se rapproche de son terme ou du Beau égalementinûni. Par où l'on voit que l'Art est, ainsi que ja science, indéfiniment progressif, qu'il est absurde 1 notvjtnç, de noïîtv, faire, produire,] créer.