‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 7 sur 247 · LIVRE VIIe. — CHAPITRE II. i · texte numérisé non relu

LIVRE VIIe. — CHAPITRE II. i

et dernière qui les contient toutes indivisiblement. Les formes extérieures ne lui apparoissent plus que comme le vêtement, l'ombre pale des formes véritables; les sons qui ébranlent l'oreille ne sont plus que comme le grossier écho d'une indéfinissable harmonie dont les ondes mystérieuses le portent de monde en monde jusqu'à Dieu, harmonie suprême.

Dans le développement de l'homme, de ses puissances actives, cette apparition de l'Art marque le commencement de la vie qui l'élève au-dessus des êtres inférieurs, son entrée dans une sphère sans bornes où il devra se dilater éternellement. Désormais, qu'il le sache ou non, qu'il le veuille ou non, il sera soumis dans tous ses actes à l'influence d'un principe nouveau. L'effet physique ou physiologique n'en sera plus l'unique terme. Instinctivement il recherchera une certaine régularité, une certaine symétrie, une certaine élégance en toutes choses; il s'efforcera de reproduire un modèle interne, un vague exemplaire que sa pensée contemple avec amour, à faire descendre l'image céleste dans la région des corps pour les marquer de son empreinte, pour les animer d'une vie supérieure, comme les anciens, évoquant leurs Dieux, les conjuroient de venir habiter, de remplir d'eux-mêmes les simulacres vides qu'ils leur avoient dressés.

Le Beau, nous l'avons dit ailleurs, est la forme

16 IIe PARTIE. — DE L'HOMME,

extérieure du Vrai, le Vrai considéré non en luimême, mais dans sa manifestation : d'où il suit que l'Art précède la Science, puisqu'il n'implique que la simple vision du Vrai, dont la science implique de plus la connoissance intime ou la conception. A cette époque de son développement, l'homme vit dans une double sphère ; il vit au sein de la pure lumière qui émane de Dieu et qui est Dieu même ; il se sent en lui, mais il se sent aussi dans la Nature, en partie dégagé, séparé d'elle, en partie plongé, absorbé en elle, effusus in gremio* Et cette période est celle de l'Art : car l'Art n'est que l'incarnation du monde typique dans le monde phénoménal , du monde spirituel dans le monde matériel ; et l'artiste, qui unit ces deux mondes en soi, doit être également uni, identifié à chacun d'eux, doit reproduire l'un sous l'enveloppe de l'autre , incorporer le vrai dans le réel , posséder, dès-lors, et la vision des choses dans leur indivisible essence, telles qu'elles subsistent au sein de l'unité infinie de Dieu, et la vertu plastique de la Nature, qui, en revêtant chaque essence d'une limite effective déterminée par ce qui la distingue spécifiquement de toute autre, la réalise sous les conditions de l'étendue et la rend ainsi accessible aux sens.

L'objet de l'Art est donc aussi vaste que l'univers; il embrasse tout ce qui n'est pas Dieu , toutes les

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