LIVRE VIIIe.— CHAPITRE 1er
de supposer qu'il existe pour lui une limite dernière éternellement infranchissable. Ce qui trompe à cet égard , c'est qu'au lieu de considérer l'Art dans ses relations générales avec le Vrai, d'où émane le Beau, on le 'considère dans ses relations avec une conception particulière du Vrai. Or, cette conception une fois reproduite , aussi parfaitement qu'elle peut l'être, sous la forme qui est celle de l'Art, il est certain que l'Art, ayant épuisé le type fini du Beau correspondant à cette conception finie du Vrai , et ne pouvant aller au-delà, ne sauroit désormais , ou que tourner dans le même cercle, ou que décliner et se corrompre. Il faut pour avancer qu'il sorte de la voie déjà parcourue, que, par une conception plus parfaite du Vrai et du Bien, il découvre un type plus parfait du Beau; et comme la conception croît toujours, se développe toujours, l'Art pareillement croit et se développe, sans qu'il soit possible d'assigner à son progrès aucunes bornes. On doit bien entendre néanmoins que le progrès, continu dans le genre humain perpétuellement jeune, ne Test pas dans chaque peuple qui vieillit et meurt comme l'individu; et qu'en outre il offre, par la nature même de ses conditions, d'apparentes intermittences. Car, pendant que s'opère l'enfantement de la société nouvelle encore inconnue, pendant que s'élabore au fond de l'intelligence générale la con-
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ception correspondante au type futur du Beau, l'Art sommeille, ou ne présente que des reproductions altérées de l'ancien type, de froides imitations que n'anime point le souffle de vie, et des efforts en partie aveugles, d'imparfaites ébauches où se révèle seulement une sorte de vue lointaine et confuse du modèle que peu à peu le temps dévoilera.
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