VUE GÉNÉRALE DE L'ART
Comme nous l'avons indiqué déjà, la notion de l'Art implique radicalement celle de création : car créer, c'est manifester extérieurement une idée préexistante , la revêtir d'une forme sensible ; et Dieu, que Platon, dans son langage si poétiquement profond, appeloit Y éternel géomètre, est aussi le suprême artiste : son œuvre, c'est l'univers.
Qu'est-ce, en effet, que l'univers? la manifestation finie de l'Etre infini , la réalisation extérieure et sensible des types immatériels qui subsistent distinctement dans son unité. Ainsi , Dieu étant luimême le modèle qu'il reproduit au dehors en le créant, l'artiste divin s'exprime dans son œuvre, s'incarne en lui, se révèle par lui, et son œuvre dèslors manifestant, sous les conditions de la limite essentielle à la Création, l'Être ou le Vrai infini, manifeste le Beau infini, mais réfracté en quelque sorte, brisé, dispersé par l'épais milieu du monde
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des phénomènes, comme le rayon solaire se brise et se décompose dans le prisme.
Ici encore apparoît, sous un aspect nouveau , l'étroit enchaînement des différents ordres de faits accessibles à notre observation , et la féconde simplicité des causes premières qui se spécifient en chacun d'eux. Toute forme contingente ou matérielle représente son type idéal, et chaque type idéal, appartenant à l'unité de la forme divine, la reflète partiellement. Si donc tous les types subsistants en Dieu étoient actuellement réalisés, l'univers seroit l'expression parfaite de la forme parfaite ou infinie. Mais Tinfini étant contradictoire à son essence, il s'ensuit que l'infini est le terme idéal dont il s'approche indéfiniment, sans jamais l'atteindre; qu'ainsi l'œuvre de Dieu est éternellement progressif, et que, par la variété toujours croissante des formes finies harmoniquement liées entre elles, l'art divin tend incessamment à reproduire l'unité de la forme infinie, ou le Beau absolu et primordial.
Les lois de l'Art ne sont donc que les lois mêmes de la Création , sous une autre face , et cela doit être , puisque le Beau , objet propre de l'Art, n'est que le Vrai , identique lui-même avec TÉtre.
Le sentiment du Beau naît en effet pour nous du spectacle de l'univers , lorsque , par la vision des idées , nous lions aux formes contingentes leurs