‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 74 sur 247 · LIVRE VIIIe. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. — CHAPITRE II

accomplissent par là même en elle l'intime union de l'unité et de la variété, de l'infini et du fini.

Le Temple aussi émane de la divinité qui le remplit de soi, il est l'évolution plastique de l'idée que l'homme a d'elle, de sa nature et de son action manifestée dans l'univers; elle en est tout ensemble et la puissance génératrice , et la forme typique et la vie. Du sanctuaire qu'elle habite invisiblement, le Temple , pour ainsi parler, rayonne au dehors, se dilate dans l'espace; et, par un mouvement opposé , toutes les parties du Temple étroitement liées entre elles, convergent vers le sanctuaire, gravitent vers le point central où réside leur principe , leur raison essentielle et primordiale, aspirent à se pénétrer, à se confondre en lui , pour accomplir l'union parfaite de la variété et de l'unité , du fini et de l'infini.

Le caractère du Temple étant déterminé par une conception précédente de Dieu et de son œuvre, et des lois de son œuvre , évidemment il se modifie suivant la différence des conceptions philosophiques et religieuses; d'où les diversités que l'Art présente chez les divers peuples, et quelquefois chez le même peuple à des époques diverses. Ainsi l'art oriental et l'art égyptien diffèrent profondément de l'art grec, qui ne diffère pas moins de l'art chrétien, quoique , dans leur diversité même , ces arts déri-

vés de conceptions dissemblables conservent toujours quelque chose de commun, correspondant à l'unité de l'intelligence humaine. Voulant donc en ce moment embrasser d'une vue générale les branches principales de l'Art, leur génération et leur enchaînement, sans nous occuper encore des caractères particuliers qu'il peut revêtir, nous le considérerons tel qu'il se produit et se développe dans le temple chrétien.

Selon les dogmes du christianisme , le monde a été donné pour demeure à l'homme , qui , déchu de l'état d'innocence où Dieu l'avait créé et ayant entraîné la nature dans sa chute, accomplit sur la terre une vie d'épreuves et d'expiation, vie passagère dont le terme doit être l'éternelle possession de Dieu , avec lequel le Verbe incarné , le Dieu- Homme, le second Adam , chef et sauveur de l'humanité qu'il résume en soi , l'a reconcilié par le volontaire sacrifice de lui-même. L'homme donc , voyageur ici-bas, aspire à sa vraie patrie, s'avance vers elle souffrant et pleurant, jusqu'à ce que, ayant déposé sa dépouille périssable , il aille attendre, au sein des joies promises à ceux qui auront cru, espéré, aimé, le jour formidable aux pécheurs, glorieux pour les justes, où, revêtant de nouveau son enveloppe corporelle, mais spiritualisée, impassible, immortelle désormais, il se transfigurera,

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