‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 75 sur 247 · LIVRE VIIIe. — CHAPITRE II. 14S · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. — CHAPITRE II. 14S

et avec lui la nature entière *, comme le Christ sur le Tabor.

Le temple chrétien représente donc cette conception de Dieu et de son œuvre ; il représente la Création dans son état présent et dans ses rapports avec l'état , les lois et les futures destinées de l'homme. Symbole de la divine architectonique, le corps de l'édifice semble, ainsi que le modèle dont il reproduit le type idéal, se dilater indéfiniment, et, sous ses voûtes élevées qui s'arrondissent comme celle des cieux , il exprime par ses fortes ombres et la tristesse de ses demi-jours, la défaillance de l'univers obscurci depuis la chute. Une douleur mystérieuse vous saisit au seuil de cette sombre enceinte, où la crainte, l'espérance, la vie, la mort, exhalées de toute part, forment, par leur mélange indéfinissable, une sorte d'atmosphère silencieuse, qui calme, assoupit les sens, et à travers laquelle se révèle, enveloppé d'une lueur vague, le monde invisible. Une secrète puissance vous attire vers le point où convergent les longues nefs , là où réside voilé le Dieu rédempteur de l'homme et réparateur de la Création, et d'où émane la vertu plastique qui imprime au temple sa forme. Dans ses axes croisés il offre l'image de l'instrument du salut universel ;

i Et vidi cœlum novum et terram novam. Primum enim cœlum, tt prima terra abiit, et mare jam non est. Joan. Jpoc. c. xxi, i.

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146 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.

au-dessus, celle de l'arche, unique asyle, aux jours du déluge, des espérances du genre humain, et emblème toujours vrai du pénible voyage de l'homme sur les flots de la vie. Les courbures ogivales des arceaux, les flèches qui de partout s'élancent dans l'espace sans bornes, le mouvement d'ascension de chaque partie du temple et du temple entier, exprime aux yeux l'aspiration naturelle, éternelle, de la créature vers Dieu, son principe et son terme.

Tel est le commencement de l'Art, sa manifestation première dans ses relations avec l'idée chrétienne. Il élève une demeure à Dieu sur le modèle de celle que Dieu s'est faite lui-même, et Dieu remplit de soi le temple, image symbolique de la Création, comme il remplit de soi l'univers. Tous les arts sortiront de cet art initial par un développement semblable à celui de la Création même. Les êtres renfermés dans le monde naissant où ils n'ont qu'une existence virtuelle , se dégagent peu à peu , s'individualisent dans le tout qui en contenoit le germe. Ainsi, de l'architecture, leur matrice commune , se dégagent, par une sorte de travail organique, les arts divers qu'elle contenoit virtuellement, et qui, toujours unis à elle, quoique distincts d'elle, s'individualisent à mesure que s'opère cette évolution correspondante à l'évolution de l'univers.

La surface solide de la terre se revêtit d'abord de

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