LIVRE VIIIe. — CHAPITRE II. m
ordre d'êtres, et dans chaque espèce d'êtres, et dans chaque être individuel. Et puisque le Temple exprimé la Création, en est l'image, la reproduction plastique, le Temple aussi a sa voix qui, se modifiant par de successifs degrés, comme celle de la Création, donne naissance à des arts divers, issus d'une commune racine.
Cette racine, en ce qui touche l'élément sensible de l'Art, est le son ou la voix universelle en qui rien ne s'est encore individualisé. Reportez-vous par la pensée au fond des vastes solitudes d'un monde nouveau, de ses forêts, de ses savanes traversées par des fleuves sans nom, de ses montagnes d'où se précipitent d'impétueux torrents, du pied desquelles s'échappent d'innombrables ruisseaux, qui lentement coulent sur un lit de mousse, ou s'épanchent en nappes sur les prairies de la vallée, et prêtez l'oreille. De tout cela il s'élève une voix formée de mille voix, de la voix des grandes eaux et de celle des sources qui tombent goutte à goutte des rochers; de la voix des vents qui bruissent dans la cime des arbres et murmurent dans l'herbe, delà foudre qui déchire les nuées; de la voix des myriades d'êtres vivants qui pullulent au sein de ce monde primitif. Cette voix est la voix de la Nature, indistincte, confuse, mais majestueuse, solennelle, immense, pleine de mystère et de vagues émotions.
IS2 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.
Des profondeurs du Temple sort pareillement une voix qui monte dans les airs et se propage au loin. Solennelle aussi, mystérieuse, et comme l'écho d'un monde invisible, elle remue les secrètes puissances de l'homme, elle éveille en lui toute une vie interne, assoupie jusqu'alors. Qui, dans la campagne, vers le soir, à l'heure où s'éteignent les feux du couchant, où la nuit étend ses ailes sombres sur les bois, les prés, les buissons, les eaux, pour abriter le sommeil des pauvres créatures fatiguées; qui, à celte heure de calme et de silence, quand vient à soupirer la cloche du hameau, ne se sent pas comme emporté en des régions inconnues, aériennes, peuplées de formes indécises, de pensées rêveuses et de pressentiments infinis?
Cette voix correspondante à la voix de la Nature, se spécifie comme elle, s'individualise en chacun des éléments divers qu'elle contient virtuellement , se développe pour manifester la variété dans l'unité. Tous les arts dérivés du son se produisent, s'engendrent l'un l'autre, à mesure qu'achève de se réaliser la Création humaine. Pénétrez au dedans du Temple : un mystère de vie va s'y accomplir. La sculpture , la peinture y ont semé avec profusion les êtres de tout ordre. Déjà vous les voyez tressaillir, en quelque façon , par le jeu des ombres mobiles et de la mystique lumière que projètent