‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 81 sur 247 · LIVRE VIIIe. ~ CHAPITRE II. 1S · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. ~ CHAPITRE II. 1S

du langage, elle touche, elle émeut par ses ravissantes mélodies.

En se spiritualisant encore, l'Art commence à perdre un de ses caractères ; il tend à se transformer en pure science , la pensée se dégageant toujours plus de ses corporelles enveloppes, et se rapprochant par son expression du Vrai immatériel. Toutefois, cette phase de son développement est indispensable pour le compléter en soi , et pour qu'il achève de manifester la conception du Temple ou le type, l'exemplaire éternel de la Création. En effet, Thomme occupe dans la Création divine une place fixée par ses rapports avec la Création elle-même et avec son Auteur, ou par les lois universelles et les lois de sa propre nature. Or, pour obéir à ces lois, il faut qu'il les connoisse, il faut qu'il connoisse Dieu et l'œuvre de Dieu. Dans le langage religieux, cette connoissance prend les noms de dogme et de morale. La morale et le dogme doivent donc avoir leur manifestation dans le Temple; et la voix encore en est le moyen, car elle s'opère par la parole qui communique la pensée, l'idée, qui révèle, enseigne. Mais l'enseignement a un double objet, éclairer l'esprit et entraîner la volonté, déterminer des actes , conséquemment ébranler , remuer les puissances affectives et les sens même ; car la volonté, résultat complexe de l'intelligence et de IV

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mour, dépend de toutes ces choses. L'enseignement donc rentre par ce côté dans la sphère de l'Art ; il devient l'art oratoire, l'éloquence ; et l'art oratoire se lie à la danse ou au mouvement rhythmé par l'action, le geste, à la musique par l'harmonie, à la poésie par les images et l'expression des sentiments.

Transportons-nous de rechef au milieu des solennités du Temple. L'orgue se tait , les chants s'interrompent. Vers un lieu qui s'élève entre les voûtes et le parvis, on voit s'avancer le ministre de la parole. Ses vêtements symboliques, sa lente démarche, son front grave et sévère, inspirent le recueillement. Debout , immobile , il promène ses regards sur la multitude en attente. Puis de ses lèvres commence à couler, tel qu'un fleuve de vie et de lumière, l'enseignement qui éclaire et nourrit l'esprit. Il dit ce que Dieu est en lui-même, ce que peut exprimer le langage humain des mystères de sa trine unité. Il raconte les merveilles de sa puissance dans la Création, ses bienfaits envers l'homme, l'ingratitude de celui-ci, sa révolte, le premier péché, ses suites lamentables, l'incarnation du Verbe, son passage sur la terre, ses souffrances, sa mort, pour accomplir la rédemption du genre humain. Il menace le pécheur, il ouvre devant lui l'éternel abîme, le presse, l'adjure de s'en détourner, de

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