LIVRE VIIIe. — CHAPITRE II
mettre à profit les jours de la miséricorde. Ses yeux, sa voix, son geste s'animent ; de sa poitrine haletante sortent des accents qui vont remuer les entrailles les plus endurcies. Comme les épis dans la campagne, comme une mer agitée d'un mouvement intérieur, la foule tressaille ; les têtes plient, elles s'abaissent, courbées par le souille invisible, on entend des soupirs, des sanglots étouffés. Peu à peu ces tempêtes se calment. Le ministre de Dieu épanche sur les hommes, avec les flots de sa suave parole, toutes les espérances de la foi, toutes les joies de l'amour. A travers les travaux de l'exil , les épreuves, les fatigues de cette route mystérieuse où l'on trouve à chaque pas les divines traces du Fils de l'homme, il conduit le juste vers la patrie où s'évanouissent toutes les douleurs dans une félicité icibas incompréhensible , dans l'immuable possession du Vrai, du Bien, du Beau infini, là où, par l'union réelle et mystique des créatures avec le Christ, du Christ avec son Père, toutes choses seront à jamais consommées dans l'unité. Et à mesure que descendent de la chaire sacrée ces consolantes promesses, ces sublimes enseignements , les sons affoiblis de la voix du prophète, l'inspiration de ses regards, le repos de ses traits, image du repos futur qu'il annonce, émeuvent, pénètrent ceux qui sont là sous le charme de sa puissance, et portent jusqu'aux sens
TOMfl m. Xi
ÎG2 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.
l'impression de cette paix, de cette joie inépuisable, inénarrable , dont l'homme régénéré s'abreuvera sans fin dans les demeures éternelles.
L'éloquence, on le voit, est sœur de la poésie, car la poésie n'implique pas essentiellement un mètre, un rhylhme symétrique. Unies par d'étroits liens, elles diffèrent surtout en ce que, dans la poésie, l'image et le sentiment prédominent, et la pensée dans l'éloquence. Celle-ci termine révolution de l'Art. Au-delà commence la pure science, avec ses procédés exclusivement logiques et ses formes abstraites. Mais ni la Science, ni l'Art ne reproduisent complètement le Vrai, le Beau, le type idéal de la Création : et c'est pourquoi la Science et l'Art, après avoir épuisé, dans la spbère correspondante à chacune d'elle, leur puissance, pour ainsi parler, de manifestation, viennent se replonger dans le sanctuaire d'où elles sont émanées, s'y absorber en quelque sorte dans le mystère de l'infini, comme la Création même éternellement croissante gravite vers Dieu, en qui seul elle peut s'identifier avec son modèle, aspire à se replonger, à s'absorber en Dieu.