‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 83 sur 247 · ARCHITECTURE · texte numérisé non relu

ARCHITECTURE

Le Temple chrétien nous a offert, dans un exemple particulier, l'image du développement général de l'Art, de son évolution progressive, semblable à celle de la Création qu'il reproduit sous le point de vue du Beau, comme la Science la reproduit sous le point de vue du Vrai : et le Vrai et le Beau étant identiques par leur essence, la Science et l'Art originairement émanés de la même source se résolvent , quant à leur objet, dans une même unité, celle de l'Etre. Mais après avoir observé en quel ordre s'opère la génération des diverses branches de l'Art, nous avons à considérer le caractère distinctif, les lois propres, les formes variées de chaque art divers : comme, après avoir contemplé la Création dans son ensemble, on doit pour la bien connoitre, l'étudier encore dans les différentes classes d'êtres qu'elle renferme.

L'architecture est née avec l'homme, car l'homme

1C>4 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.

eut toujours besoin d'abri contre l'inclémence de l'air et les attaques des animaux durant son sommeil ; et lorsque cet abri nécessaire ne se présentoit pas de soi-même, il failoit que l'homme se le créât. Dans les flancs des montagnes il se creusa des grottes. Avec des pierres ou de l'argile il imita ces grottes dans la plaine ; il les imita près des forêts avec des branches d'arbre , des ccorces , du gazon, du feuillage ; et l'art de bâtir fut ainsi le premier art pratique, art fécond, art matrice de tous les autres arts, comme la masse solide de la terre est la matrice universelle des êtres qui ont successivement apparu à sa surface.

Par ce qui la caractérise spécialement , l'architecture représente donc le monde inorganique : aussi ses lois premières, comme les lois de ce monde, sont-elles des lois mathématiques, communes aux deux éléments qui s'unissent en elle, lutile et le Beau. Dans ses rapports directs avec l'utile, indirects avec le Beau, elle dépend en effet des lois de la pesanteur, de la statique, de la cohésion et de la résistance des corps. Dans ses rapports directs avec le Beau, indirects avec l'utile, elle dépend des lois géométriques de la forme, ou des relations harmoniques des lignes. Et comme ces relations n'ont rien d'arbitraire , que la forme génératrice étant donnée, toutes les combinaisons d'où résultent les

Page 1