‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 84 sur 247 · LIVRE VIIIe. — CHAPITRE III. I6S · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. — CHAPITRE III. I6S

formes complexes qui en dérivent sont également données, il s'ensuit qu'il existe, outre les variétés que peut offrir chaque type particulier , différents ordres généraux de formes architecturales.

La première condition de la beauté de la forme en architecture est la symétrie, parce qu'elle seule détermine un centre autour duquel toutes les parties s'ordonnent régulièrement, et produit le sentiment de l'unité. Il en est autrement dans la Nature, telle qu'elle se présente à nos regards avec ses horizons qui fuient, changent, se renouvellent sans cesse. Rien n'y est symétrique à l'œil , parce que l'œil n'embrasse qu'une imperceptible portion de l'œuvre immense du Créateur, qui, toujours progressif, n'est jamais achevé. Mais cette immensité même d'où naît le sentiment de l'infini essentiellement un, éveille au-dedans de nous le sentiment d'une unité plus vaste, plus intime, de l'unité absolue, mystérieuse d'où émanent toutes choses et où toutes choses aspirent à rentrer. Dans l'Art, au contraire, l'œil embrasse à la fois tout l'ensemble de l'œuvre, et l'unité dès-lors y doit être apparente, immédiatement saisie par la vue. Toutefois l'Art lui-même a tenté de reproduire ce caractère de la Nature, de se rapprocher d'elle à cet égard : et pour cela qu'at-il fait? 11 a d'abord accru les proportions de son œuvre, et, multipliant les détails, il en a exclu la

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symétrie, ne la conservant que dans les masses et dans les grandes lignes. De là des effets nouveaux pleins de puissance, quelques-unes de ces impressions indéfinies que Ton éprouve dans les gigantesques monuments consacrés à la foi chrétienne.

Mais si la symétrie , dans l'architectonique de l'Art, est un des éléments de la beauté, il n'en est pas le seul. La forme doit offrir encore une certaine élégance indéfinissable, parce qu'elle correspond à quelque chose d'immatériel , d'inexprimable dèslors dans le langage des corps, et l'artiste ici cesse d'être guidé par des lois positives précises. Si l'expérience vient à son aide, ce n'est guère qu'indirectement : elle lui enseigne ce qu'il doit éviter, beaucoup plus que ce qu'il doit faire. A moins qu'une vision immédiate, indépendante des règles et des calculs fondés sur les règles, ne lui révèle intérieurement le modèle idéal que son art doit réaliser, il n'aura point en lui le souffle créateur, il ne produira qu'une œuvre sans vie.

Cette vie qui anime l'œuvre où s'est incarné l'invisible exemplaire, cette vie qu'on sent en lui, qui s'exhale de lui , ne résulte pas uniquement de la beauté intrinsèque des formes. Ces formes doivent parler, et c'est ce qu'elles disent qui complète l'art. La construction la plus savante, la plus régulière, la plus irréprochable à cet égard, n'est pas un édi-

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