‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 85 sur 247 · LIVRE VIIIe.—. CHAPITRE Iïï · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe.—. CHAPITRE Iïï

fice , dans le sens de l'Art, s'il n'exprime une pensée, s'il n'émeut celui qui le contemple , s'il ne le ravit, pour ainsi parler, dans une sphère au-dessus des sens. Sous ce rapport, l'architecture ou l'harmonie des formes présente quelque chose de semblable à ce qu'on retrouve dans la musique ou dans l'harmonie des sons. Ni l'une ni l'autre ne manifestent l'idée telle qu'elle est en tant qu'objet de la connoissance , l'idée pure, nette, précise, ou ne la déterminent, mais elles déterminent dans l'être qui voit ou entend un certain état interne ou des sentiments correspondants à un ordre d'idées. Celles que fait naître la vue de l'Allia m bra diffèrent totalement de celles qu'inspirent la cathédrale gothique , ou les temples d'EUora.

On peut diviser l'architecture en architecture religieuse et architecture civile, l'une symbole du dogme, l'autre symbole du principe caractéristique de la société et des mœurs qu'il engendre. Ainsi l'histoire des peuples est écrite dans leurs monuments, non l'histoire fugitive des accidents de leur existence, mais l'histoire plus profonde de leur vie morale et intellectuelle, de la nature de leurs croyances, de leur conception générale des choses : et comme en pénétrant au-dessous de la surface dans les entrailles de la terre, on y découvre les débris d'êtres qui ne sont plus, le squelette brisé, dispersé,

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d'un monde antique qui s'est évanoui; en pénétrant dans les entrailles du temps , on y découvre aussi les fragments épars et mutilés d'un autre monde, du monde primitif de l'homme, les débris pétrifiés de religions éteintes, les ossements gigantesques de ces êtres puissants qu'on appelle sociétés, nations, les membres disjoints, incomplets de vastes organismes que la pensée cherche à reconstruire et qu'elle reconstruit en effet, à mesure que les lois de Dieu et de l'univers nous sont mieux connues.

Nous ne suivrons point l'art dans l'inépuisable variété de ses développements et des formes qu'il a revêtues. Ce seroit nous détourner de notre but , et quelques exemples suffiront pour éclaircir et pour justifier les principes généraux que nous avons établis déjà, et ceux qui nous restent à établir.

Les religions de l'Inde renferment toutes une idée panthéistique, unie à un sentiment profond des énergies de la Nature. Le Temple dut porter l'empreinte de cette idée et de ce sentiment. Or le panthéisme est à la fois quelque chose d'immense et de vague. Que le Temple s'agrandisse indéfiniment, qu'au lieu d'offrir un tout régulier saisis— sable à l'œil, il force, par ce qu'il a d'inachevé, l'imagination à l'étendre encore, à l'étendre toujours, sans qu'elle arrive jamais à se le représenter

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