LIVRE VIIIe. — CHAPITRE III
tout ensemble comme un et comme circonscrit en des limites déterminées, l'idée panthéistique aura son expression. Mais , pour que le sentiment relatif à la Nature ait aussi la sienne, il faudra que ce même Temple naisse en quelque manière dans son sein, s'y développe, qu'elle en soit la mère, pour ainsi parler. C'est là, c'est dans ses ténébreuses entrailles que l'artiste descendra, qu'il accomplira son œuvre, qu'il fera circuler la vie, une vie qui commence à peine à s'individualiser en des productions encore à l'état de simple ébaucbe : symbole d'un monde en germe, d'un monde qu'anime et qu'organise dans la masse homogène de la substance primordiale, le souffle puissant de l'Etre universel.
Une pensée différente domine l'Egypte, pensée grave et triste dont nulle autre ne la distrait, qui , du Pharaon environné des splendeurs du trône jusqu'au dernier des laboureurs, pèse sur l'homme, le préoccupe incessamment, le possède tout entier, et cette pensée est celle de la mort. Ce peuple a vu le temps s'écouler comme les eaux du fleuve qui traverse ses plaines nues , et il s'est dit que ce qui passe si vite n'est rien , et , se détachant de cette vie caduque , il s'est reporté par sa foi , par ses désirs et ses espérances, vers une autre vie permanente, immuable. Pour lui l'existence eommence
170 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.
au tombeau ; ce qui précède n'en est qu'une ombre, une fugitive image. Ainsi ses conceptions religieuses et philosophiques, ses dogmes, en un mot, venant aboutir à ce grand mystère de la mort, son Temple a été un sépulcre. Il Ta creusé comme le Temple indien dans les profondeurs de la terre ; mais ce qu'il exprime, ce n'est plus l'union absolue de Dieu et de la Nature se développant en Dieu par un travail interne de Dieu même. L'homme est présent partout dans le Temple égyptien , c'est l'homme qu'il rappelle, mais dans ses rapports avec le monde que recouvre la tombe comme le voile mystérieux d'Isis.Par la grandeur des masses, la largeur des bases , les fortes proportions des parties diverses, il fait naître le sentiment d'une durée sans bornes. Le flot des siècles qui entraîne tout le laisse inaltérable. Symbole de la demeure future de l'homme, de la demeure où la mort l'introduit, il exhausse pour le recevoir ses voûtes moins pesantes , ses colonnes montent; la symétrie devient apparente; les ornements plus multipliés prennent des formes plus élégantes. Toutefois c'est encore un tombeau, la vie est au-delà, en d'invisibles régions dont les astres enflammés du firmament marquent la route. Dans le temple nul mouvement. Les moyens mis en œuvre pour élever la pensée audessus du temps et de ses vicissitudes, produisent