‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 88 sur 247 · LIVRE VIIIe. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. — CHAPITRE III

rable entre la cause primitive et ses successifs effets, entre la production , variable seulement en certaines limites, et son principe générateur.

Les Romains n'eurent jamais de conception religieuse et philosophique qui leur fût propre, et, au temps de leur grandeur, ayant adopté la conception grecque, ils adoptèrent aussi, par une conséquence nécessaire, l'art grec, qu'en tout genre ils se bornèrent à imiter. Leur génie les entraînoit dans une autre sphère1. Peuple guerrier et politique, la domination fut son but constant, son but exclusif ; et ce qui le distingue de tant d'autres peuples qui brillèrent aussi par les armes, ce qui indique en lui le sentiment profond, quoique vague et confus, de l'unité où tend le genre humain, c'est que toujours sa force fut dirigée par une sagesse prévoyante et calme, qu'il ne sut pas seulement conquérir, mais organiser ses conquêtes, se les assimiler; c'est qu'à l'instinct du commandement qui lui étoit comme naturel, il joignit la science administrative et que , plus qu'aucun autre peuple ancien , il cul-

1 Excudent alii spirantia mollius sera :

Credo equidem, vivos ducent de marmore vultus ; Orabunt caussas meliùs, cœlique meatus Describent radiis, et surgentia sidéra dicent. Tu reg:re imperio populos, Romane, mémento, ( Hae tibi erunt artes ) pacisque imponere morem, Parcere subjectis, et debellare superbos.

j£neid. Lib. YI,

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tiva, développa celle du droit. Détourné par ces graves pensées, par cette vie toute pratique, des spéculations delà philosophie et de la culture des arts, il ne vit guère dans Tune qu'un amusement de l'esprit, et dans les autres qu'une sorte d'ornement propre à relever l'éclat du pouvoir, et des jouissances pour la richesse.

Toutefois , comme on le reconnoîtra surtout quand nous parlerons de l'architecture civile, l'art grec subit chez les Romains des modifications relatives en partie aux applications nouvelles qu'il reçut, en partie à l'idée qui dominoit le peuple-roi, à ses habitudes, à ses mœurs. Voulant imprimer à ses monuments une plus haute majesté, quelque chose de sa propre grandeur, il en accrut les dimensions, ce qui eut pour effet d'altérer l'élégance délicate, l'exquise simplicité, la parfaite harmonie des formes de l'art grec. Et, en même temps, tout ce qui se rattachoit à la Ville éternelle participant à ses destinées, les monuments romains durent offrir un caractère particulier de stabilité et, pour ainsi dire, de durée impérissable. D'où l'introduction de la voûte , commandée d'ailleurs par les nécessités mêmes de ces vastes constructions, et qui multiplia les courbes dans l'architecture. Presque entièrement rejetées des Grecs , leurs temples aux profils si gracieux tout ensemble et si arrêtés, ne présentent

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