LIVRE VIIIe. — CHAPITRE III
que des combinaisons de la ligne droite. Ils semblent ne s'en écarter qu'à regret, même dans la colonne, que, le plus souvent, ils ont soin d'y raccorder par les canelures qui en dissimulent la rondeur. De la voûte cependant sont sorties des beautés dignes de l'art, et, comme un art nouveau, lorsqu'en s'exhaussant elle devint le dôme des immenses basiliques chrétiennes ; et le germe de cette transformation apparoît déjà dans le Panthéon d'Agrippa, modèle, à notre gré, de l'architecture religieuse romaine.
A raison de causes nombreuses qu'il seroit trop long d'exposer, il se passa des siècles avant que le Christianisme pût enfanter un art correspondant à sa conception de Dieu, de la Nature et de l'Homme. Lorsqu'après les persécutions il lui fut permis de se produire au grand jour, il dut consacrer à la célébration de ses mystères des édifices auparavant destinés à d'autres usages, en les accommodant aux exigences particulières de son culte. Ainsi modifiés ils servirent de type aux premiers temples qu'élevèrent les chrétiens, et Saint-Paul de Rome avec ses hautes nefs, Saint-Paul, dont l'origine remonte à Théodose-le-Grand, en offrent un remarquable exemple. Sa.ns se détacher entièrement de l'art grec, on s'en éloigna toujours davantage, et de ces changements successifs naquit et l'architecture bysantine et celle qu'on a nommée romane , analogue au caractère grave et
simple du Christianisme dans les premiers temps. Le cintre romain s'y marie avec élégance à la colonne grecque, altérée néanmoins dans ses proportions, et' Ton commence à y discerner, avec une pensée mystique inconnue des anciens, un sentiment nouveau de la Nature, une tendance à la reproduire dans sa grandeur et sa variété , quelque chose de triste et de solennel qui porte aux rêveries mystérieuses*
Ce n'étoit pourtant pas encore l'expression parfaite de Tidée chrétienne, telle que l'Eglise la développa. Elle ne reçut sa pleine manifestation que dans la cathédrale si improprement appelée gothique, véritable création du génie chrétien. Peu importe ce qu'il put emprunter à l'architecture bysantine et à l'architecture arabe. Ces emprunts, que d'ailleurs on a exagérés, ne constituent point l'art qui, du douzième au quinzième siècle, couvrit l'Europe de ses monuments. Ce qui les caractérise, c'est l'unité de pensée, c'est le travail organique qui de tant d'éléments divers a fait un seul tout, de tant de formes diverses une seule forme, dont les innombrables parties s'enchaînent, s'appellent, s'engendrent l'une l'autre, concourent harmonieusement à un but commun, se fondent en un corps unique et vivant.
Nous avons essayé, dans le chapitre précédent,