TOME III
total , détruiroient ou affoibliroient l'impression générale qui doit se résumer dans un mystérieux sentiment de l'infini, dans une sorte de vision vague du monde caché sous le voile flottant des phénomènes, et dans une aspiration véhémente à ce monde éternel , future demeure de l'homme purifié. Ce n'est donc pas pour avoir manqué de la faculté de sentir le Beau tel qu'il est l'objet de l'art grec, et de l'habileté d'exécution nécessaire pour le reproduire, que les artistes du moyen-âge se sont ouvert une voie différente, mais parce qu'ils ont eu l'exquise apperception d'un autre genre de Beau, d'un Beau plus élevé, plus spirituel, réalisé par eux avec une perfection égale à celle que l'on admire dans les chefsd'œuvre de l'antiquité. Les types finis du Beau offrant la même diversité que nos conceptions du Beau idéal, il s'ensuit que l'Art, quoique un dans sa source, participe aussi à cette diversité, et que, n'ayant point, sous ce rapport, de modèle absolu, on ne sauroit le soumettre à des règles exclusives.
Un changement nouveau s'opéra au temps de la Renaissance. L'esprit religieux s'étant affoibli, il se fit une alliance entre Tart antique et l'art chrétien : l'ogive et le plein-cintre se mêlèrent. On emprunta au temple grec ses lignes élégantes, en conservant la variété des ornements délicats du gothique, et en substituant aux formes légères et sveltes des tours