‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 92 sur 247 · LIVRE VIIIe. — CHAPITRE itl · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. — CHAPITRE itl

dont la pointe se perd dans les nues, la voûte latine devenue le large dôme des Brunelleschi et des Michel-Ange. L'idée et le sentiment chrétien subsistent encore, à un certain degré, dans ces magnifiques monuments, mais ils y ont subi des modifications profondes. Les pensées de l'homme et ses désirs qui sedétachoient de la terre, et montoient, et montoient encore, sans fin, sans terme, comme l'édifice des âges de foi, se sont arrêtés et s'infléchissent avec les courbes du dôme, qui semblent les retenir dans une sphère moins haute. Le christianisme s'est, en quelque sorte, implanté dans la vie terrestre, et chaque jour il y pousse déplus nombreuses racines, chaque jour ses branches s'abaissent pour abriter le voyageur insouciant et distrait. Enfin le caractère de la vieille cathédrale disparoît entièrement. L'art payen a envahi le temple, il y règne presque sans partage, et ce temple, qui n'est plus l'expression de l'univers et du Dieu qui le remplit de soi, sera Saint- Pierre de Rome, le symbole imposant d'une autre grandeur et d'une autre puissance, de la puissance et de la grandeur de la Papauté qui l'éleva près des palais superbes d'où elle commande au monde.

Le principe caractéristique de la société dérivant de sa religion ou de sa conception des choses, l'architecture civile dut offrir partout une ressemblance marquée avec l'architecture religieuse ; on dut re-

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connoitre en elles l'ineffaçable empreinte d'une origine commune. Il nous reste peu de monuments de l'Orient, et ces monuments mutilés sont comparativement trop modernes pour que nous puissions constater en détail cette analogie. A Benarès quelques édifices, quoique postérieurs de bien des siècles aux temples de Salcette et d'Ellora, quoique d'une époque où la sève religieuse antique étoit presque tarie, présentent néanmoins dans leur masse compacte où domine l'expression de la force, de visibles rapports avec l'art primitif, né du sentiment exalté des énergies de la Nature unie à Dieu, absorbée en Dieu. Des relations semblables peuvent encore être aperçues, soit dans les descriptions que les anciens nous ont laissées des vastes constructions de Ninive et de Babylone, soit dans les débris qui couvrent les lieux aujourd'hui déserts, où l'orgueil des monarques persans éleva jadis leurs immenses palais et leurs sépulcres immenses.

Les pyramides d'Egypte, qui ne sont aussi que des sépulcres, formoient, dans cette terre de la mort, les vrais palais des rois *, et s'il s'est conservé quelques autres traces des royales demeures des Pharaons, leurs ruines se confondent tellement avec les

i Monument à la fois religieux et civil, l'obélisque dérive évidemment de la pyramide et la lie aux autres parties de l'architecture égyptienne.

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